10th Fév2015

Critique magazine : PC Gamer

by Alphajet

PC_Gamer_01Ma générosité envers les magazines de jeu vidéo trouvera-t-elle une limite?? Mais en fin de compte, je n’ai pas trouvé grand chose à propos de ce « nouveau » magazine consacré aux jeux PC. Du coup, ça me semble plutôt opportun de vous en toucher deux mots, histoire de savoir s’il mérite ses quelques euros. Mais passons tout de suite aux présentations : PC Gamer est un spin-off de Video Gamer, qui parait tous les deux mois pour le tarif de 4,90€. Il n’a cependant rien à voir avec les éditions britanniques ou américaines de PC Gamer, desquelles le plus proche parent français était PC Jeux, décédé en 2012 lors de la grande épidémie qui a éradiqué 90% des magazines de jeux du marché avec la liquidation de Mer7.

Le rédacteur en chef est donc le même que pour Video Gamer, et on trouve de toute façon certains noms bien connus parmi les rédacteurs.

La couv’

PC Gamer présente un facial à la fois proche et différent de son frangin Video Gamer. D’une part, il y a un air de ressemblance avec une large illustration d’un jeu dont un focus est fait dans le numéro, mais il s’en démarque par un titre/logo encore plus visible qui barre toute la largeur du haut de la couverture. Une bonne façon de le repérer à coup sûr et de trancher face au rouge de Jeux Vidéo Magazine par exemple. Le reste est relativement classique avec un rappel des principaux titres abordés dans les pages du mag, mais aussi toujours une touche de hardware, un domaine souvent cher au joueur PC. On verra ce qu’il en est réellement plus tard.

L’édito

On en est déjà au second numéro de PC Gamer, et c’est « la rédaction » qui signe l’édito. On sent donc une volonté de parler d’une seule voix pour ouvrir le propos. Quel est le pitch ? En gros que le laboratoire (avec les jeux indépendants, les early-access, le crowdfunding…) et la meilleure expérience de jeu vidéo – graphiquement parlant – se trouve aujourd’hui sur PC. Pas faux en effet, mais cela parait tout de même assez osé à l’heure où les consoles représentent le gros du marché. Mais cela tend aussi à dire qu’on peut retrouver des magazines encore plus spécialisés, du moins s’il rencontre son public. En tout cas la volonté semble être de mettre l’accent sur les forces du PC, ses spécificités (les MMORPG, MOBA, …) et ses avancées côté matériel. Voyons voir si ça se précise par la suite…

Le contenu

PC Gamer se découpe en 4 grandes parties.

La première est surnommée « Actus ». Alors oui, les actus dans un bimestriel, ça peut faire peur. Mais la rédaction, au lieu de traiter succinctement d’un maximum de sujets, se concentre sur quelques nouvelles en étoffant un peu le discours. Une bonne chose, d’autant que les sujets abordés ne sont pas toujours sous les feux des projecteurs. On a principalement droit à des focus d’un peu moins d’une page sur les jeux à venir au cours des prochains mois. Certains comme Overwatch ou Battlefield Hardline par exemple s’étalent sur plusieurs pages et permettent d’en savoir un peu plus sur le jeu en question, même si on n’en apprend pas forcément plus que ce qu’on peut trouver ça et là en ligne. En revanche, c’est assez souvent plutôt un bon condensé, permettant au joueur PC un peu occasionnel de bénéficier d’un panel d’informations assez touffu sur les gros titres à venir, comme Evolve. La sélection des jeux est assez judicieuse car elle n’hésite pas à mettre l’accent sur ceux avant tout – voire exclusivement – destinés au PC.

Day of the Tentacle, monument de l'oeuvre LucasArts

Day of the Tentacle, monument de l’oeuvre LucasArts

La seconde section est constituée des « Focus ». L’occasion de s’attarder sur une thématique au cours de quelques pages. Difficile exercice avec un nombre de pages assez limité. Le premier numéro présentait judicieusement une sélection de jeux indépendants qui valent le détour, mais qui aurait mérité une présentation un peu moins courte de chaque titre. Le second quant à lui revient sur les plateformes de jeu dématérialisé ; sans grande surprise ni réellement exhaustif, mais encore une fois une bonne synthèse des offres principales du marché. Je regrette un peu la maquette qui privilégie les images envahissantes au texte. En revanche, mention très bien aux pages de la section Rétro de Denis Brusseaux qui revient successivement sur les success stories de Lucasarts et de Sierra avec nostalgie et passion.

Coincé entre la poire et le fromage, la rubrique Conso/Matos est celle qui se rapproche le plus du magazine « guide d’achat ». Mais il faut rappeler que le gamer PC est une cible de choix pour les fabricants de clavier, souris, casques et autres accessoires destinés à parfaire son exclusivité. Encore que les joueurs console n’ont plus guère que les composants à leur envier… Justement, les « tests » de matériel sont plutôt un aperçu, ou du moins une opinion générale sur le produit plutôt qu’une succession de benchmarks. A destiner aux joueurs qui veulent se faire un avis rapide sur la dernière génération de cartes graphiques par exemple. Le numéro 2 aborde les récents ultrabooks avec docks, évoqué avec curiosité mais des doutes qu’il m’a semblé juste de soulever. Une double page présente enfin quelques nouveautés en quelques lignes chacune. Bref c’est la partie qui m’a le moins convaincu.

La sélection matos, sympa mais vraiment sans plus...

La sélection matos, sympa mais vraiment sans plus…

Enfin, évidemment, le cœur du poulet ce sont les Tests qui occupent un tiers du magazine. Que dire… Les rédacteurs sont des plumes connues, le style est agréable… Allez faisons un « J’aime/J’aime pas ». J’ai aimé le côté synthétique des critiques qui vont droit au but sans être pour autant trop impersonnelles. J’ai aimé aussi les jeux sélectionnés pour la période de deux mois, qui comprennent forcément les hits incontournables mais aussi des titres typés PC (comme Civilization ou Company of Heroes 2) ou des moins connus, du genre This War is Mine qui mérite de l’être plus (connu). J’ai aussi apprécié le courage d’étaler un test sur 6 à 8 pages pour les coups de cœur comme Alien Isolation… mais beaucoup moins d’en gâcher 2 ou 3 pour y foutre des images pleine page… J’ai trouvé également ridiculement cosmétique d’équilibrer le nombre de points forts et points faibles comme si ça apportait quelque chose au propos. Enfin, petit manque d’audace sur la notation qui navigue très souvent gentiment entre 14 et 18 sur 20. Bon en même temps, on aura rarement vu un magazine se vendre avec un panel complet de jeux médiocres… donc je comprends que la sélection bimestrielle soit plus convenue.

Le mot de la fin

PC Gamer est un peu le cul entre trois chaises. C’est un magazine spécialisé PC, mais pas forcément un magazine de spécialistes avertis, avec des articles assez généralistes. Pour autant, certains focus ou la rubriques rétro sont intéressantes à plus d’un titre. La périodicité pose également question car elle impose de condenser l’actu, les tests et les dossiers dans 100 pages tous les deux mois. Et quand on voit certaines pages sacrifiées sous l’autel de la maquette, on sent que le magazine se cherche encore un peu, et surtout, cherche son public. La cible se trouve probablement vers le trentenaire ou quarantenaire qui n’a pas toujours le temps d’écumer les sites d’informations pour se renseigner (et y trier les 2/3 d’informations poubelles qui y trainent).

Pour toutes ces raisons, je souhaite bonne chance à PC Gamer, en espérant que la rédaction puisse lui insuffler suffisamment de personnalité et de spécificité pour qu’il puisse se démarquer de ses confrères les plus grand public (Jeux Vidéo Magazine ou Jeux Vidéo News) et plus « adultes » comme JV, Games ou The Game. Je crains juste que l’espace dans la presse vidéoludique (et le budget des lecteurs) se restreigne un peu trop pour un titre qui ne manque pourtant pas d’atouts.

30th Nov2013

La presse de Novembre 2013 au scan

by Alphajet

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Oui une revue de presse de Novembre un… 30 Novembre, c’est pas terrible vu que la plupart des magazines évoqués ici seront retirés au moment où vous lirez ces lignes (si quelqu’un les lit évidemment!). Mais je me suis dit qu’avec l’arrivée d’un petit nouveau dans la danse, il ne serait pas inopportun de jeter un coup d’œil au panel de lecture que nos amis journalistes proposent ce mois-ci – enfin le mois dernier mais vous m’avez compris…

Tout d’abord un petit retour vers le passé pour Video Gamer (n° 11 Nov 2013) et Jeux Vidéo Magazine (n° 153 Oct-Nov 2013) qui nous affichent tous les deux avec force de superlatifs (INCROYABLE! EXCEPTIONNEL!) leurs splendides posters d’Assassin’s Creed 4 et GTA V. Après des années à offrir des jeux gratuits – qui ont peut être en partie coulé les magazines qui les pratiquaient – le retour à des posters m’a fait sourire. Tant sur la forme, le cadeau so UNBELIEVABLE qui a coûté au moins 4 feuilles A4, que sur le fond, à savoir que ces présents visent surtout les ados qui ont encore l’occasion de punaiser la blondasse de GTA au dessus de leur lit. Chez moi ça passe pas le WAF.

J’ai également choisi ces deux numéros pour leur supplément, respectivement sur Assassin’s Creed 4 (décidément…) et « les grands duels de Noël » (sachant que la couverture s’intitule déjà « Tous les hits de Noël 2013 »). Soit. Le guide sur AC4 aurait pu être une bonne idée, pourquoi pas. Que ce soit un « walkthrough », c’est à dire un guide assez complet des techniques et des premières missions du jeu, ou de resituer l’univers du jeu dans son contexte historique, ou encore de raconter la genèse du jeu à travers des témoignages de ses développeurs, les idées ne manquaient pas. Pourtant, ce supplément est plus proche d’un publi-rédactionnel que d’un véritable guide… Peut être aussi car il a été écrit avant la sortie officielle du jeu, et soumis donc à un NDA… Personnellement, jJ’aurais préféré attendre un mois de plus et avoir un papier plus intéressant que ce vaste survol du jeu.

Video Gamer nous parle de Godus, un jeu qui me semble bien sympathique, alors que JVM fait dans la mauvaise foi et le Playstationisme en gonflant le chiffre des exclus avec les sorties PSN... Pourtant le catalogue de la PS4 est plutôt pauvre actuellement face à celui de sa concurrente

Video Gamer nous parle de Godus, un jeu qui me semble bien sympathique, alors que JVM fait dans la mauvaise foi et le Playstationisme en gonflant le chiffre des exclus avec les sorties PSN… Pourtant le catalogue de la PS4 est plutôt pauvre actuellement face à celui de sa concurrente

Chez Jeux Vidéo Magazine, on a fait dans le classique. Un bon vieux match des grosses licences de fin d’année, combiné à la sortie des nouvelles générations de console. Battlefield 4 versus Call of Duty Ghosts, Gran Turismo 6 versus Forza 5… Clairement, le magazine assume ce qu’il semble faire le mieux : être un guide d’achat sur les jeux vidéo, plutôt orienté grand public d’ailleurs. Pour autant, la pertinence de certaines confrontations étonne un peu… Pourquoi opposer GTA V et Watch Dogs qui, s’ils jouent tous les deux la carte de l’open world, semblent relativement éloignés dans le concept? Mais surtout comparer un jeu déjà sorti à un autre qui … sortira en 2014 et dont de nombreuses informations sur le scénario et le gameplay sont encore flous me parait assez vain.

Autre exemple, pour un guide d’achat censé aiguiller les achats de Noël, j’ai trouvé la comparaison Disney Infinity / Skylanders Swap Force très frileuse : bilan match nul ce qui, de mon point de vue, évite au rédacteur de trop se mouiller. Non pas qu’un des deux mérite le titre de jeu de Noël, mais néanmoins je pense qu’il aurait été intelligent de mieux aiguiller les parents qui sont les acheteurs. Personnellement, on va offrir 2 jeux Skylanders Swap Force autour de nous. Pourquoi? Parce que premièrement ce sont les enfants qui le demandent et que la loi de la cour de récré est la plus forte, et deuxièmement parce reconstituer un second set de 300€ de figurines… hmmm option niet pour les parents.

Dernier point, je déplore encore une fois le sort réservé à la Wii U. A peine citée dans la catégorie des « consoles actuelles », la rédaction du magazine, comme d’autres sur internet, la relègue à un rang de faire valoir des « vraies » Next Gen, les PS4 et Xbox One. Sauf que Nintendo a d’autres arguments pour les fêtes, dont un prix de vente plus abordable ou le très bon Super Mario 3D World. Et ce même si à mon avis Nintendo a raté sa chance d’imposer la Wii U comme une incontournable de Noël 2013 en décalant ses licences fortes (Mario Kart, Donkey Kong…) à 2014.

A part ça, que propose JVM avec ce numéro à cheval sur 2 mois – en tentant d’occuper une large partie des étals avec un autre (!) numéro de Novembre et un hors-série GTA V? Un focus sur la 2DS qui oublie de préciser le public visé (et je ne supporte plus le non-argument « ah mais ils auraient quand même pu intégrer un second stick analogique! »… bande de cons si on enlève la 3D ça n’est pas pour rajouter une fonctionnalité supplémentaire !!). On trouve aussi un point sur les Sims 4 pour les fans de la licence, une intéressante sélection Xbox Live pour ceux qui n’auraient pas déjà les hits qui y sont listés, et l’habituel match d’automne entre FIFA et PES pour les inconditionnels du foot. A part ça, on retrouve la classique formule JVM avec sa rubrique conso et ses tests notés entre 15 et 20 sur 20…

Le numéro 11 de Video Gamer, lui, consacre sa une à Call of Duty Ghosts: là aussi ça fait vendre. Mais l’article est plus atypique qu’un simple récapitulatif de ce qu’on savait déjà depuis longtemps. Il parcourt plutôt le scénario, notamment du niveau dans l’espace, et recueille le sentiment des développeurs sur la genèse de cet épisode. On apprend notamment la difficulté de l’équipe actuelle à reprendre le flambeau après le départ des cadres fondateurs, et leur tentative d’innover à certains égards. Mais dommage que la langue de bois reste de mise, j’aurais bien aimé qu’on évoque le très probable cadre restrictif qu’impose Activision autour de sa poule aux œufs d’or (pas trop d’évolution à la fois, on pourrait faire fuir les joueurs!).

Ce numéro célèbre la sortie de GTA V en lui réservant un très bel accueil (20/20) mais surtout un test qui se focalise sur l’écriture que nous a proposé Rockstar pour son blockbuster, avec son trio de personnages. Et une conclusion bien tournée qui évoque une très intéressante hypothèse : si chaque épisode était une satyre d’un pan particulier de la culture américaine, GTA V évoque une auto-critique de la série elle même à travers ses trois protagonistes. Trevor revendiquant sa brutalité, Michael son embourgeoisement au fil des années, et Franklin une sorte de métaphore de Rockstar qui tente de faire le lien entre ces deux extrêmes.

Video Gamer, de façon générale, propose des tests plus subjectifs et moins structurés autour des sempiternelles « caractéristiques » du jeu – graphismes, jouabilité, durée de vie… La critique de Beyond two Souls en est un autre exemple. De même, il aborde certains jeux peu commentés, comme Godus de Peter Molyneux ou Rain.

Maquette sobre mais classe, et des articles qui sortent de l'ordinaire, comme par exemple celui-ci dédié à Candy Crush Saga

Maquette sobre mais classe, et des articles qui sortent de l’ordinaire, comme par exemple celui-ci dédié à Candy Crush Saga

Cela m’amène à parler du petit nouveau de ce mois-ci et qui est forcément mon coup de coeur du mois : JV. Les noms qui signent le contenu de ce mag sont bien connus, ayant officié (ou officiant toujours) dans d’autres noms de la presse spécialisée depuis longtemps. Pourtant, JV essaie de nous proposer autre chose et s’offre les moyens de ses ambitions, comme a pu le faire Canard PC à son époque : magazine édité par une société indépendante, régie publicitaire imposant une bonne part de contenu hors jeu vidéo et une équipe motivée pour écrire autre chose que des previews et des tests à retardement. Au travers d’une petite centaine de pages, la rédaction s’efforce de nous proposer les choses sous un autre angle, de nous parler DU jeu vidéo avant de parler des jeux vidéo…

Quand j’ai parcouru les pages colorées de JV, j’ai eu l’impression de lire quelque chose que je n’avais pas vu ailleurs que sur certains blogs : des prises de position subjectives (« Jaime pas les histoires » par Corentin Lamy), des interviews qui sortent des sentiers battus (Michaël Peiffert), un regard différent sur les micro-consoles (Ouya & co), en passant par des critiques résolument originales comme celle de Beyond Two Souls qui confronte CINQ avis de la rédaction pour se faire une idée de ce … « vidéo jeu ». Là où mes JVM finiront au recyclage une fois lus, ce JV restera pertinent dans plusieurs mois – ou années – pour ses analyses qui revisitent Bioshock Infinite ou Left 4 Dead, ou retracent l’aventure GTA depuis ses origines. Mais là où IG Mag pouvait parfois me paraître un peu pompeux, JV aborde avec clairvoyance, simplicité et humour nombre de sujets intéressants. Même quand il s’agit d’aborder l’actualité, la lucidité est de mise : « la 2DS ce n’est que pour les enfants » titre Bruno Pennes, et il a juste raison de l’aborder dans ce sens là et d’expliquer en quoi cette édition est tout à fait logique.

Même quand il se permet de sortir de son thème principal en explorant l’actu cinéma ou des séries, JV le fait avec brio en résumant son point de vue en quelques lignes sans artifice superflu. Bref, même si ça reste une liasse de papiers reliée, j’ai presque de la peine que mon fils m’ait ruiné la couv’ de JV avec de la compote de banane… parce que j’ai juste envie de ranger ce mag’ dans ma bibliothèque. Bravo à l’équipe en tout cas et je leur souhaite un aussi beau parcours que Canard PC qui fête ce mois-ci ses 10 ans. Si, si, 10 ans d’inepties, d’absurdités, de brutalités verbales et de conseils foireux (Söldner, on vous la sortira encore dans 10 ans les gars!) au service du joueur PC… et console désormais.

Le gros morceau de début Novembre avec l'analyse du mastodonte Steam

Le gros morceau de début Novembre avec l’analyse du mastodonte Steam

Canard PC et moi, c’est une histoire qui dure depuis ses débuts, et je n’ai jamais regretté le choix de m’être abonné. Pourquoi? D’abord parce qu’à titre personnel je ne possède pas les traditionnelles consoles « gamer » de Sony et Microsoft et que le PC représente donc la plateforme sur laquelle je joue majoritairement. D’autre part parce que la rédaction de Canard PC a foutu un coup de pied dans la fourmilière de la presse jeu vidéo il y a dix ans, et qu’alors que d’autres moquaient ses débuts en les voyant s’écraser lamentablement après quelques mois, bien peu en fait leur ont survécu. Mais revenons sur ce mois de Novembre et le numéro 285 qui nous propose un retour sans hypocrisie sur Steam et Valve. Je dis sans hypocrisie car il aurait été facile d’être mielleux avec la plateforme qui alimente la majorité des titres testés dans Canard PC.

Mais l’onctuosité façon yaourt velouté ne fait pas partie des talents d’Omar Boulon et consorts, alors le sujet est traité avec un œil aiguisé pour rappeler que tout n’est pas si rose du côté de chez Gabe Newell. Bref, CPC nous offre là le point de vue le plus large et le plus complet sur Steam, son marché, sa nouvelle SteamBox, ses perles cachées… Mention spéciale à la page qu’Omar Boulon dédie à Pokemon X/Y et sa vie ratée de dresseur Pokemon et sa vaine tentative de convaincre Pipomantis d’attribuer un 9/10 au jeu (qui récoltera finalement un 8).

Dans ce fameux numéro anniversaire 286 maintenant, vous trouverez un test aussi barré – dont seul Canard PC a le secret – du jeu qu’il évalue, à savoir The Stanley Parable. CPC, c’est aussi un regard sur des jeux assez méconnus comme Kerbal Space Program dont les évolutions récentes (c’est un jeu en « early-access ») méritent d’en reparler, ou encore le prochain Wargame : Red Dragon. Maintenant, hormis le fait qu’il soit le premier magazine papier à proposer un gif animé, le gros morceau de ce numéro c’est la célébration de leurs 10 ans. Trente deux pages dédiées à la genèse de Canard PC, retraçant les aventures marquantes de cette rédaction un peu barrée jusqu’en 2007 et dont la suite de cette épopée sera rédigée…un jour peut être. Entre humour débile et révélations comme peu (aucun??) de magazines se le sont permis, cette histoire démontre que CPC a su fédérer une véritable communauté qui appréciera la lire. Chose qu’il aurait été impossible de voir dans un magazine estampillé Yellow Press par exemple.

Le parcours du magazine évoque des vraies anecdotes et de faux spin-off du magazine, avec toute la dérision caractéristique de CPC

Le parcours du magazine évoque des vraies anecdotes et de faux spin-off du magazine, avec toute la dérision caractéristique de CPC

Voilà qui conclut ce (long) tour d’horizon de la presse jeu vidéo en ce mois de Novembre. D’ici peu les numéros de Noël pointeront leur nez, et parait-il encore un petit nouveau verra le jour. Mais il ne devrait pas s’appeler petit Jésus pour autant. A leur manière, chacun de ces magazines a son intérêt. Mais pour ma part, j’ai déjà choisi à quel magazine je filerai 3,95€pour le numéro de décembre. En tout cas, je ne peux que me réjouir de (re)voir plusieurs acteurs de la presse écrite tenter de faire évoluer et grandir ce média.

22nd Nov2012

Journalisme et jeux vidéo: scandale ordinaire

by Alphajet

Depuis quelques temps (depuis l’affaire Robert Florence en fait), tout le web s’enflamme sur la non-neutralité de la presse vidéo-ludique. Et presque tout le monde en prend pour son grade, du blog jusqu’aux plus gros sites de jeux en passant par les magazines. Ce que je trouve toujours très surprenant en fait quand ce genre de lièvre est soulevé, c’est comment une situation implicitement installée depuis des années devient du jour au lendemain scandaleuse. Ne vous méprenez pas, je ne prétends pas apporter une grande pierre à l’édifice, ni même un caillou d’ailleurs. Mais par pure pulsion du « tiens si j’ouvrais ma gueule », je lance mon gravier malgré tout.

Le fond du problème, en deux mots c’est quoi? C’est que journalistes de tous bords et blogueurs célèbres sont accusés du même mal: une vile connivence avec les « RP », les monsieur et madame Relation Presse des gros éditeurs. Pour dire clairement ce que tout le monde pense, on dénonce des tests et previews élogieuses qui seraient la conséquence de soirées VIP petits-fous arrosées, de jeux soigneusement envoyés – gratuitement il va sans dire – en avance avec un camion benne de goodies, et autres invitations à des sessions de tests privées. En gros, qui dit privilège dit perte d’objectivité.

Ca m’inspire quoi? Hmmm, déjà que ce débat n’est pas nouveau, et que même s’il a moins explosé à l’époque, dans une ère ou Internet n’était pas encore roi, les magazines spécialisés se sont souvent frittés. Untel qui décroche une exclusivité un mois avant tous les autres, un autre qui bénéficie d’un reportage sur une nouvelle console, etc… Il faut quand même se rendre compte qu’à l’époque, c’était justement ces magazines qui véhiculaient les Saints Évangiles de l’actualité vidéo-ludique. Donc, le deal gagnant-gagnant c’était : l’éditeur se fait une bonne publicité pour pas trop cher en invitant les journaleux qui relaieront l’information à leur lectorat avec force de conviction, tandis que les magazines s’affairent à accroitre leur public grâce à la « breaking news » que les autres n’ont pas.

Qu’est ce qui a changé aujourd’hui? Pas grand chose en fait, sauf que la presse papier dans ce domaine est un peu au bout du rouleau (dans une fin de cycle au mieux), et que l’affreuse réalité s’est déplacée sur Internet. La seule nouveauté, c’est que l’acharnement à vouloir proposer l’info qui tue en premier s’est décuplé. En gros, aujourd’hui si tu ne flirtes pas avec les limites du NDA (Non Disclosure Agreement ou Accord de Non-Divulgation en français), que tu ne « teases » pas ton lecteur avec des tweets et des titres racoleurs, si tu ne fais pas le buzz, tu sers à rien. J’exagère à peine.

Après, est ce que s’en insurger aujourd’hui changera réellement quelque chose? A voir comment les journalistes en général (TV, journaux, grands magazines) font souvent honte à leur titre, j’en doute. L’actualité presque en temps réel, c’est ce que demande le peuple après tout non?! Heureusement pas tout le peuple… Mais malgré les mea culpa et les autres justifications pour clarifier que « non, notre indépendance ne peut pas être remise en question! », ce genre de pratique continuera à persister, et conséquemment, le doute sera toujours permis. C’est un peu l’affaire Lance Armstrong quoi. Tout le monde trouve ça louche, on ne peut pas fournir de preuves, mais à un moment donné c’est tellement gros que certaines têtes tombent.

L’ennemi public numéro 1… un peu facile

J’aimerais juste faire un micro apparté sur Julien Chièze, qui sert en gros de bouc émissaire, de tête de turc ou de Louis XVI du jeu vidéo, appelez ça comme vous voulez. C’est vrai qu’il a son petit côté insupportable à inonder tous les flux d’informations de ses actualités fragmentées en 36 posts dans la journée, ou que sa double vie agence de communication / journaliste laisse planer un voile de suspicion sur son impartialité. MAIS, j’oserai dire que le bonhomme reste quand même la personne qui a la meilleure élocution et capacité à parler du jeu vidéo proprement (je veux dire en vidéo, en public). Et qu’au moins sur ce point, il aura fait un petit peu de bien dans un univers que le commun des mortels assimile un peu trop au geek, voire au nerd…

Bon, où je voulais en venir avec tout ça moi? Ah oui, la conclusion. Et bien, que dans le jeu vidéo comme ailleurs, mes chers amis, il faut savoir choisir mais surtout diversifier ses sources. Entre les news mal traduites de l’anglais, les approximations, et les infos lâchées trop tôt et donc incorrectes, il vaut mieux se fier à ceux en qui on garde notre confiance. Personnellement, je commets l’outrage de voir par exemple dans l’équipe de Canard PC une bande d’iconoclastes, de vandales sans foi ni loi, mais qui savent de quoi ils parlent et dont le ton n’a d’égal que leur indépendance et leur je-m’en-foutisme. Personnellement, plus le temps passe et plus je me détache de l’information brute de décoffrage. Je préfère ceux qui analysent pénardement dans leur coin et sortent leur texte quand ils l’ont décidé, pas pour être les premiers à dire une connerie.

09th Nov2012

Mort7

by Alphajet

Réaction à chaud ce soir après l’annonce du placement en liquidation judiciaire du groupe Mer7, société éditrice de nombreux magazines de jeu vidéo et d’informatique en général, qui comprennent papy Joystick, Jeuxvideo Magazine, ou encore Consoles+, sans parler de feu Joypad. A ce jour, il est difficile de savoir si tous ces titres retrouveront une maison d’édition, ou bien s’ils disparaitront tout simplement des kiosques à journaux à tout jamais.

Alors, j’ai déjà vu des gens réagir en écrivant « de toute façon, qui les lisait encore?« . Moi entre autres, mais certes la question mérite d’être posée. S’ils en sont là aujourd’hui, c’est en partie car dans un marché de technophiles avertis, le papier apparait parfois comme désuet, hors du temps face à une armada de sites et de blogs qui « flashnewsent » plus vite que leur ombre. Clairement, l’émergence des actualités en ligne a porté un gros coup aux magazines, quand ils accusent un mois voire parfois deux de retard pour tester un jeu vidéo. C’est forcément rédhibitoire pour beaucoup qui n’iront pas payer 3 à 7€ un magazine pour avoir un article pas si éloigné de ce qu’ils ont déjà lu sur internet.

Dans ma série d’articles de cet été, j’ai également soulevé les grosses difficultés qu’avaient certains magazines à se renouveler, à réécrire une nouvelle histoire pour survivre. Mais c’est un peu la débâcle françaises de 1940: trop peu de nouveautés sont arrivées trop tard… C’était pourtant à mon avis un des rares moyens de survivre puisque tenter de concurrencer la presse internet sur les mêmes contenus était perdu d’avance.

Mais à tous ceux qui restent de marbre face à cette annonce, j’aimerais leur rappeler que les Joy’ et consorts font partie à tout jamais de l’Histoire du jeu vidéo. Si ce média en est là où il est en France, c’est pour une petite partie grâce à ces passionnés qui pendant des années ont su décortiquer des centaines de titres, des sombres étrons aux merveilles qui ont jalonné notre enfance/adolescence/et plus si affinités. Il est aussi important de rappeler que bon nombre des testeurs, journalistes ou ménestrels qui officient aujourd’hui sur les sites les plus connus ont fait leurs armes dans ces rédactions de magazines pendant longtemps. Et que sans ces bandes de joyeux drilles au ton souvent décalé voire loufoque, et ben il n’y aurait peut être pas sur internet ce regard côté plaisir et fun qui prime avant tout, et tous ces blogs qui ont poussé comme des champignons. C’est un peu leur flamme qui s’est transmise chez tous ces gens et qui s’éteint aujourd’hui.

Certainement que je ne serais pas là à vous écrire si dans les années 90, je n’épluchais pas chaque page de mes magazines en me disant que … »Bordel, ils font un des plus beaux métiers du monde quand même! ». Malheureusement peut être pas suffisamment rémunérateur et gratifiant pour qu’il survive à 2012.