19th Fév2014

Le retour du débat #14: Steam cash machine ?

by Alphajet

Steam_chain_chomp

La saison des soldes d’hiver de Steam s’est clôturée le 3 janvier dernier. Encore une fois avec probablement beaucoup de succès ; je dis probablement car Valve ne communique que très peu (voire pas) sur les ventes de sa plateforme dématérialisée. Tout le monde semble en être bénéficiaire, les joueurs, les développeurs et bien sûr et avant tout Valve.

Pourtant, de plus en plus de voix s’élèvent contre la politique de Valve avec la plus célèbre plateforme de jeu sur PC, Mac et Linux. Jason Rohrer par exemple a publié une tribune dont Edge se fait l’écho pour dénoncer les pratiques vaporeuses (haha) de Steam.L’idée principale étant que les soldes, promotions et autres créations indies à vil prix donnent une fausse idée du coût réel des jeux et des efforts consentis par leurs développeurs.

La plateforme vorace

Dans le fond, ça n’est pas faux de dire qu’un jeu proposé à 2,49€ ne rapporte pas grand chose. On imagine bien que Valve n’est pas (toujours) philanthrope et que sur ce prix, seule une – petite –  partie ira au développeur.  Clairement pas assez pour couvrir les frais de développement, de communication et de publication.

Le problème est que la multiplication des périodes de soldes, sans compter les promotions désormais quotidiennes qui comptent des dizaines de titres, a tendance à faire patienter les gamers, moi le premier d’ailleurs. Quand on sait qu’un jeu verra son prix fracassé quelques mois après sa sortie, on hésite un peu, beaucoup, à sortir les 45€ d’un produit neuf. Surtout quand on parle d’un produit dématérialisé.

Disons que vu de loin, on a l’impression que les développeurs ne sont pas les mieux lotis et que Steam impose une forte pression pour
1. Imposer aux développeurs SES conditions, et notamment le cassage de prix pendant ses soldes
2. Inciter les développeurs indépendants à proposer des tarifs attractifs, pour ne pas dire faibles, « parce que c’est la norme des petits-jeux »
3. De façon générale, faire tout son possible pour contrôler ce qui sort sur sa plateforme et continuer à drainer le plus possible de joueurs avant tout.

Mais la plateforme visible

Ceci dit, résumer Steam à l’ogre ou le grand méchant loup prêt à écraser comme un rouleau compresseur développeurs et même éditeurs, ça me semble un peu simpliste.

D’abord, j’aimerais rappeler que Steam n’a pas toujours été le mastodonte du jeu vidéo qu’elle est aujourd’hui. A ses débuts en 2004, la plateforme était même plus vue comme une usine à gaz lourde et peu pratique. Mais elle a su évoluer dans le bon sens et se tourner vers les joueurs avec nombre de fonctionnalités aujourd’hui incontournables. Dont le magasin le plus complet et  fourni pour le marché PC/Mac.

D’autre part, il ne faut pas non plus oublier que les soldes apportent une énorme visibilité aux jeux mis en valeur. Certes les micro-prix écrasent les bénéfices, mais combien d’entre nous ont cliqué sur le bouton « Acheter » juste grâce à cet effet prix, même si on sait pertinemment qu’on n’y jouera pas avant longtemps ? Je ne pense pas être seul dans ce cas…

Mon opinion

…Est beaucoup plus contrastée que celle de Rohrer. Certes je vois en Steam un acteur de plus en plus omniprésent dans l’univers PC, pas loin d’un mini-Google ou mini-Apple pour le marché du jeu PC. Mais c’est exagéré de penser que Valve est tout-puissant. Les gros éditeurs bénéficient plutôt du système et concernant les indépendants, je trouve que le prix s’auto-régule souvent plutôt pas mal.

Certes je rejoins l’article original pour penser que le modèle des jeux mobiles à 69 cents n’est pas viable pour les jeux indépendants PC. Mais en pratique ce qu’on constate plutôt c’est une fourchette assez large entre 5 et 20€ pour la majorité d’entre eux. Et Steam a eu le mérite de faire partie des acteurs du renouveau du jeu indépendant, en mettant en lumière nombre d’entre eux qui se sont depuis écoulés par centaines de milliers de copies.

Je rappelle aussi que le modèle économique qui vise à casser les prix d’un jeu quelques mois après sa sortie n’est pas nouveau: les gammes « Budget » des jeux en boîte le suivent depuis très longtemps. Mais les contraintes de la distribution physique ne permettent pas de faire autant de concessions tandis que Valve a plus de latitude avec le dématérialisé.

Bref pour moi, il y aura toujours des « early-buyers », les ventes en pré-commande en attestent, et des jeux vendus au « prix fort ». Souvenons nous comment Valve  a été critiqué quand le Steam Store a ouvert et que les tarifs équivalaient ceux des versions boîtes! Aujourd’hui, tout le monde oublie que les marges pour la Gabe Team, mais aussi pour les développeurs, sont certainement plus élevées en évitant la distribution physique. Mon bémol, c’est plutôt qu’énormément de titres indépendants sortent actuellement sur la plateforme, et pas tous excellents. Dans cette masse, certains jouent particulièrement sur le prix pour attirer l’œil, quitte à effectivement faire croire que jeu indie signifie moins de 5€.

Et vous, vous pensez que la politique de Steam est destructrice pour les développeurs?