08th Juil2011

On relance le débat n°7: le bridage des jeux d’occasion

by Alphajet

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Vous allez vraiment croire qu’en ce moment, j’ai une énorme dent contre les éditeurs qui s’acharnent à brider leur jeu à un seul utilisateur pour limiter la revente d’occasion. En réalité, je ne crois pas avoir déjà acheté un jeu d’occase, donc pour ma part, je ne suis pas si concerné que ça. Mais pour autant, c’est le cas de nombre de joueurs, qui semblent former un consensus contre ces multiples tentatives pour briser l’intérêt des jeux d’occasion. Petite mise en perspective des arguments de chaque camp…

Pour

– Les éditeurs, à l’origine de ces mesures, cherchent à défendre leurs ventes pour lesquelles chaque jeu revendu d’occasion est une perte sèche. En effet, un jeu d’occasion n’est pas « détérioré » par rapport à un jeu neuf, il n’y a pas de dépréciation physique.
– Ce manque à gagner est d’après eux répercuté sur la performance et la créativité des développeurs et risque à terme d’appauvrir le marché du jeu vidéo, tant en nombre de studios de développement qu’en prises de risques sur de nouvelles licences

Contre

– L’occasion bénéficie aux joueurs, qui peuvent se permettre d’acheter plus de jeux grâce à un prix plus raisonnable
– Ce marché fait la joie des chaînes spécialisées comme Micromania ou Gamestop, mais également les FNAC & co car  il leur apporte une marge très largement supérieure à celle réalisée sur les jeux neufs

Mon avis:

Que la plupart des éditeurs réfléchissent à des mesures pour restreindre l’intérêt d’un jeu d’occasion est une évidence. Comprendre pourquoi est finalement moins simpliste qu’il n’y parait. Si on se place dans le contexte d’un autre marché similaire, on remarque que cette croisade n’y existe pas. Que ce soit pour le cinéma ou la musique, il n’y a pas de frein particulier à la revente de ces produits alors que leurs supports physiques sont depuis bien longtemps aussi inaltérables que ceux des jeux (dans la limite d’un bon stockage de vos galettes de 12cm ;)). Non, pour moi les deux principales différences tiennent dans le prix et le mode de commercialisation.

L’écart de prix tout d’abord, car de façon très basique, un film en Blu-Ray s’achète pour 3 fois moins cher qu’un jeu neuf, un CD de musique pour 4 à 6 fois moins. On hésitera probablement moins à acheter un jeu d’occasion 30% moins cher qu’un film d’occasion pour la même réduction. Tout simplement car 7€ d’écart nous feront moins mal que 20€.

D’autre part, là où la vente de musique ou de films d’occasion est peu généralisée et cantonnée à des sites comme eBay ou Leboncoin, le marché d’occasion du jeu vidéo dispose maintenant d’une visibilité commerciale inégalée en la matière. Quand vous vous baladez chez votre revendeur et que le même jeu, à 2 mètres d’intervalle et dans un état proche vous aguiche, l’oeil charmeur pour moins cher, la tentation est forte de se dire que c’est tout bénef’!

Dans ce sens, je trouve le réflexe défensif des éditeurs assez logique puisqu’ils voient le bénéfice de leurs lourds investissements grignoté par des tiers qu’ils ne peuvent contrôler. Interdire la vente d’occasion étant impossible, ils cherchent donc à la rendre moins intéressante.

Enseigne spécialisée dans le jeu d'occasion sur Internet. La fin d'un eldorado?

Mais il y a plusieurs points qui me dérangent… En premier lieu, c’est cette façon systématique de passer ces mesures en force, voire en mode furtif, telles des réformes du gouvernement (on le fait, vous râlerez ensuite). Cette méthode brutale a toute les chances d’engendrer une levée de boucliers, et c’est effectivement le cas.

Ensuite, cette histoire de bénéfices tronqués est plus vicieuse qu’il n’y parait, car là où l’éditeur à vraiment un manque à gagner, c’est durant les tout premiers mois d’exploitation d’un jeu. 4 à 6 mois plus tard, 80% des jeux subissent une baisse de prix conséquente qui rend l’offre d’occasion moins attirante. Ce qui gène, ce sont les jeux revendus d’occasion 2 semaines après leur sortie dans une état quasi neuf et qui effectivement font le bonheur du joueur et du revendeur. Mais l’argent collecté par ce gamer ne servira-t-il pas bien souvent à racheter un jeu neuf dans la même enseigne? Le nombre de jeux retournant au magasin dans une si courte période est il si important que ça pour justifier des mesures si contraignantes? N’oublie-t-on pas un peu vite que le marché s’est fortement diversifié sur des secteurs non touchés par la vente d’occasion: DLC, jeux dématérialisés, items payants, éditions collector? Autant de raisons de croire que les éditeurs nous sortent peut être un peu trop les violons trop vite…

Le point qui me fait probablement le plus enrager, c’est qu’en posant volontairement des menottes logicielles anti-occasion sur leurs jeux, les éditeurs pourrissent également la vie des joueurs! Mesures d’activation en ligne, flicage et autres inscriptions liant un jeu à son acheteur sont en train de devenir la norme… Quand ce n’est tout simplement pas plus draconien telle l’infâme sauvegarde unique de Capcom. Mais où est passé le temps où je pouvais prêter mon jeu à mon pote rien qu’en lui filant le CD? Où mon frangin pouvait tester un de mes achats sur son propre PC sans avoir besoin de se connecter à mon compte de joueurs? Où on pouvait installer et réinstaller un jeu à volonté sans se préoccuper d’être en ligne, connecté à une dizaine de plateformes propriétaires différentes (Steam, EA, Microsoft, Sony, etc…)???

Comme pour la guerre anti-piratage, il est temps d’espérer que ce nouveau combat ne cause pas de dommages collatéraux irréversibles dans la facilité d’utilisation de nos jeux, et la liberté d’en faire ce que nous voulons.