27th Sep2011

Zynga marche sur des oeufs fragiles

by Alphajet

A force de grossir, le jeune lapin de 6 semaines Zynga va vite devenir trop lourd, beaucoup trop lourd...

Le Social Gaming, c’est ainsi que sont nommés les jeux créés pour fonctionner sur les réseaux sociaux. Mon inscription sur Facebook remonte je crois à 2007, poussé par des reminders insistants d’amis. Et si je ne dis pas de bêtise, les jeux émergeaient déjà à cette époque sur la plateforme de Mr Zuckerberg (« Montagne de sucre », quel nom sympathique quand même :)) ; je me souviens notamment d’un jeu de vampires dont j’ai oublié le nom. Si la pratique n’est donc pas récente, sa monétisation l’est un peu moins et c’est bien sûr Zynga, le mastodonte américain du Social Gaming qui la représente le mieux.

La force commerciale de la société, c’est de pouvoir toucher des millions de joueurs potentiels : il y a un an, elle revendiquait 320 millions d’inscrits, ce qui est effectivement assez impressionnant comme base commerciale. Mais de mon point de vue, c’est sur ce chiffre faussement représentatif que se base 80% de la valorisation de Zynga… qui s’élève aujourd’hui à plus d’une dizaine de milliards de dollars!! Non mais vous imaginez? C’est équivalent au PIB du Mozambique pour comparer, ou encore 40 000 Ferrari 599 GTB. Bref de la démesure pour une compagnie qui vend… des micro-paiements sur Internet. Mais il ne faut pas se leurrer, tous les joueurs de Farmville ou Cityville (petit aparté, vous avez déjà vu un nom aussi stupide? c’est Ville-Ville quoi…) ne paient pas des dizaines d’euros par mois, et les revenus nets de Zynga sont beaucoup moins importants que les financements qu’ils ont reçus.

Et les oeufs sur lesquels elle marche, la crise aidant, sont en train de se fissurer. Après avoir annoncé en grande pompe son introduction en bourse, Zynga repousse désormais la date, après la publication de résultats catastrophiques comparés à ceux de 2010. Si les profits sont toujours là, ils ont chuté de 95% et j’ai du mal à croire que dans le contexte actuel, ça soit favorable à son arrivée sereine sur le marché boursier. La « valeur » de Zynga est bien trop fictive comparée aux vrais géants du jeu vidéo que sont Electronic Arts ou Activision-Blizzard. Quand eux vendent un produit concret (ou dématérialisé), Zynga ne propose qu’un accès gratuit à des jeux exclusivement liés à Facebook. Et les objets vendus in-game ne représentaient l’an dernier que 15% de ses revenus… Avec l’ami Zuckerberg qui a désormais exigé ses 30% de bénef au passage, Zynga n’a à mon avis guère de relais de croissance. Cette spéculation sur des boites juste grâce à leur succès voyant me sidère, car les financiers misent sur des choses qu’ils ne connaissent ou maitrisent pas. C’est comme évaluer la taille d’un iceberg en ne regardant que sa partie émergée. Je ne souhaite pas spécialement de mal à Zynga, mais pour survivre, ils vont devoir arrêter de gonfler sur la base de la spéculation et réfléchir à des moyens de stabiliser leur fragile marché… Rappelons que si Facebook meurt, Zynga crève dans la seconde.

15th Avr2011

Le social teasing

by Alphajet

The cake is a lie !!

Il y a un petit phénomène qui a tendance à s’amplifier dans le monde de la communication/marketing des jeux vidéos. Oh, c’est loin de représenter la grande majorité des lancements de jeu, mais je constate que ça fait son petit effet. Avant de revenir dessus, revenons quelques instants sur les principaux moyens de comm des éditeurs. Je crois qu’historiquement, la presse spécialisée a été le meilleur apôtre de la vente de jeux. Et puis peu à peu, on a retrouvé des pubs dans des magazines plus généralistes, puis sur le web, et depuis quelques années elle est beaucoup plus présente à la télévision.

Alors tout ça, c’est très bien, mais globalement c’est pas fondamentalement différent du marketing pour une marque de yaourt non? Du coup, j’apprécie particulièrement ce que j’appellerai basiquement le « social teasing« . Ca consiste en quoi alors? Ben tout simplement à utiliser les réseaux sociaux, blogs, sites, forums, ou tout autre moyen pour faire en sorte d’attirer l’attention sur le jeu de façon décalée. Bon, dit comme ça, c’est pas très parlant, mais il y a deux excellents exemples en ce moment même. D’abord Deus Ex 3: le site de Sarif Industries a été créé spécialement pour la promotion du jeu à partir de son univers. J’ai adoré leur vidéo que j’ai trouvée super bien fouttue, qui a été relayée sur Facebook au point de faire réagir violemment certaines personnes non averties qui y ont cru 😀 Mais il faut avouer que c’est un superbe travail, je connais beaucoup de sites soit disant pro qui ne sont pas aussi esthétiques que celui de Sarif!

D’un autre côté, c’est Valve qui a utilisé ce principe à 2 reprises pour Portal 2. La première fois, c’était il y a un an avant l’annonce du jeu. Les développeurs se sont alors amusés à faire un jeu d’enquête de folie avec une mise à jour de Portal premier du nom pour que les joueurs eux mêmes découvrent l’annonce grâce à des messages codés (vous pouvez retrouver le détail de tout ça grâce à Canard PC). Et depuis quelques jours, ils ont remis le couvert en allant même jusqu’à modifier des jeux indépendants faisant partie du « Potato sack » afin d’y glisser moult indices à l’attention de la communauté de fans. Et puis peu à peu on découvre des dizaines d’autres indices disséminés un peu partout, un vrai jeu de pistes comme on en voit pas souvent. Là encore, vous pourrez trouver des infos sur un wiki dédié, ou encore les canards qui aiment décidément ça 😉

Alors bien sûr qu’on ne vise pas un marché de masse avec ce genre de marketing ; en tout cas pour le moment… Mais bordel, moi je trouve ça diablement intelligent et captivant. Et de mon point de vue, c’est plus attirant qu’une bonne vieille pub du petit écran!

22nd Mar2011

Vers une casualisation des licences?

by Alphajet

AOE Online saura-t-il garder la recette du succès de ses ancêtres?

J’ai été assez surpris de voir certaines licences assez « hardcore » commencer à avoir des dérivés casual. Des exemples? Le premier qui me vient à l’esprit, c’est Battlefield Heroes. Prenez un peu de BF 1942, un brin de Team Fortress et secouez dans un shaker Free2Play et voilà! On obtient une sorte de version à l’aspartame de Battlefield, mais qui reste assez intéressante sur le principe : élargir la cible des jeux Battlefield. Apparemment, l’expérience a été assez concluante puisqu’un nouvel opus, Battlefield Play4Free, pointe maintenant le bout de son fusil mitrailleur.

A présent, ce sont deux autres incontournables de la stratégie qui prennent le même virage: Civilization et Age of Empires. Le premier grâce à une version Facebook (Civilization World) qui devrait entrer en phase beta cet été, et le second avec Age of Empires Online.Typiquement, il semble que ces jeux soient « casualisés » via 3 leviers:
– un look cartoon qui aide une plus large population à trouver le jeu mignon. D’autre part, ça donne une sensation d’accessibilité plus grande au jeu. Civilization par exemple peut faire peur avec sa tonne de paramètres à gérer. Ce style graphique léger permet de donner une impression de facilité plus évidente
– la gratuité, ces exemples optent tous pour le modèle du Free2Play. Et ça implique probablement les fameux Item Shops où on peut payer pour avoir des bonus plus ou moins inutiles dans le jeu (customisation de personnages ou avantages supplémentaires par rapport aux joueurs « gratuits »)
– ils sont massivement multijoueurs et proposent un fort aspect communautaire. L’idée est clairement de toucher le plus grand nombre pour bénéficier des retombées qui en découlent : la pub notamment!

D’un côté, je trouve ça très intéressant de pouvoir adapter un gameplay éprouvé par des milliers de hardcore gamers vers un concept casual. Mais d’autre part, est-ce qu’on ne risque pas une castration de ces mythes du jeu vidéo à terme? Pour l’instant, Battlefield Play4Free est développé en parallèle de Battlefield 3 dont je causais il y a quelques temps. Civilization V est sorti il y a peu, et a été encensé de critiques positives. Mais typiquement, aucun nouvel épisode d’Age of Empires n’est attendu, et le 3e date de fin 2005. Depuis l’équipe de développement a été dissolue. Faut-il s’attendre à voir les plus grandes licences disparaitre au profit de versions à l’aspartame? J’espère que non, car les jeux références ont posé des nouveaux jalons de gameplay à leur sortie. En les enterrant, on risque de se diriger vers un nivellement vers le bas de ce gameplay ; à quand Casual of Duty 8 ? 😀
Gageons que les développeurs sauront conserver le coeur du poulet, tout en proposant des versions Casual en parallèle.