01st Août2014

Jacked : les coulisses de GTA

by Alphajet

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Je vous avais fait partager il y a quelques temps mon avis sur « Masters of Doom », l’histoire officieuse d’iD Software et des pères fondateurs du FPS. Un livre généralement bien documenté, qui m’avait offert une belle lucarne sur la genèse d’une équipe de fous furieux du jeu vidéo, à travers une époque finalement assez rock et emblématique d’une génération de joueurs. C’est maintenant du dernier bouquin du même auteur – David Kushner – dont j’aimerais parler, Jacked. En réalité, je l’avais même acheté avant mais finalement attaqué en second.

Et finalement, c’est probablement dans cet ordre que je vous recommanderais de les lire, tant ces deux histoires se complètent presque. Masters of Doom nous plaçait au tournant des années 80 et 90, entre les développeurs de garage et la création d’un des studios les plus réputés de cette époque. Jacked lui emboite le pas en narrant la fin des années 90 et la première décennie du XXIe siècle. De façon encore plus claire par contre, David Kushner nous propose plusieurs histoires dans l’histoire.

L’aventure GTA, c’est d’abord l’histoire de Sam Houser, et dans une moindre mesure celle de son frère (scénariste de la série), un écossais avec les dents longues et l’envie de changer la face du jeu vidéo. Pour tout dire, je ne savais même pas que la série avait été initiée en Écosse, à Dundee, un coin qu’on n’imagine pas sépcialement être un berceau du jeu vidéo. C’est donc non seulement les origines du créateur d’une des séries les plus vendues du jeu vidéo qui est racontée, mais aussi son évolution dans la dizaine d’années qui a suivi. Parti de presque rien, Sam a fondé l’empire Rockstar. Rockstar, le nom même du studio qui parait un brin prétentieux mais qui en dit tellement long sur l’état d’esprit de son boss. La mentalité rebelle, l’envie de briser les frontières du politiquement correct, le besoin de reconnaissance et de popularité.

Mais le livre n’élude pas le côté obscur de Sam : son totalitarisme – ses idées et sa façon de fonctionner doivent être appliquées par tous dans sa société – et son extrémisme caractérisé par l’affaire « Hot Coffee ». Mais c’est un peu le lot de tous les créateurs célèbres que d’être controversés. Sam Houser, à ce titre, me rappelle un peu John Romero, qui a vu ses plus proches amis s’éloigner de lui, jusqu’à l’exclure. Le maître de GTA est lui, resté à la barre, mais il s’agit d’une autre époque…

Jacked raconte ensuite ce qu’est Rockstar, et comment de la petite structure écossaise de DMA Design s’est transformée en un des studios emblématiques du jeu vidéo. Tout commence avec Dave Jones qui est en réalité le premier instigateur de GTA. Difficile d’imaginer que ce gars est aussi le créateur des paisibles Lemmings!! C’est Sam Houser qui saura donner une dimension internationale… et une odeur de scandale au couple GTA/Rockstar, et s’associer avec l’éditeur Take Two au bon moment. David Kushner narre plutôt bien le décalage qu’il pouvait y avoir entre les écossais et les new yorkais qui bossaient pourtant sur les mêmes projets. Enfin, à partir de la trilogie du 3e épisode (GTA III, Vice City et San Andreas), on plonge dans ces périodes de crunch incessantes où les équipes de développement finissent par passer plus de temps au travail que chez eux. Rockstar révèle alors ses dérives et que derrière l’emblème étincelant la réalité n’est pas toujours si glamrock…

Un logo qui se prend bien plus au sérieux que je ne l'avais imaginé

Un logo qui se prend bien plus au sérieux que je ne l’avais imaginé

Bien sûr Jacked témoigne ensuite de l’évolution technologique des jeux vidéo (le passage à la 3D si emblématique de la série), tout comme de l’évolution des mentalités. Mais ce qui marque cette décennie, c’est aussi l’avocat Jack Thompson, ennemi juré des joueurs et des développeurs, pourfendeur des jeux vidéo et – il faut le dire – complètement obsessionnel. A travers son combat, c’est comment l’industrie du jeu vidéo s’est consolidée, aux Etats-Unis notamment, et a répondu à ce type d’attaque pour lesquels GTA représentait la cible idéale (enfin… avec Manhunt, Bully et autres jeux « outranciers »). Le récit m’aura surtout marqué par une phrase, qui disait en substance que si Jack Thompson avait pu exister à ce point, c’est que les médias, y compris ceux spécialisés dans le jeu vidéo, lui avaient accordé une bien trop grande importance et visibilité.

Ce qui m’amène à deux conclusions, moi qui lisait les moqueries à son sujet dans Joystick à l’époque:
1. Ce « combat » a plus ou moins marqué l’arrivée de discours sur le jeu vidéo dans les médias grand public. Quelque part, qu’on en parle en mal ou en bien, l’essentiel est qu’on en parle.
2. Que blagues potaches et amateurisme dans le monde de la presse vidéoludique ont pu causer plus de tort que de bien à leur média préféré. Je ne jette pas la pierre, loin de là, mais je constate juste (même si ce combat était très loin d’être aussi virulent en Europe, loin de la très puritaine Amérique) un parallèle avec le « DoritosGate » récent. D’ailleurs, Joystick moquait également beaucoup Bill Gates et Steve Jobs à l’époque, qui sont respectivement devenus homme-le-plus-riche-du-monde et demi-dieu-techno-geek…

Bref, Jacked est un ouvrage que je ne peux que vous recommander, parce qu’il est bien documenté, plutôt bien écrit, et qu’il ne se prive pas de montrer les « égouts » du jeu vidéo quand il faut le faire. Si le backstage de GTA vous intéresse, c’est LE livre à lire.

Crédits image : www.gamerside.fr
22nd Fév2014

Les maîtres du carnage

by Alphajet

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Ça n’est pas le titre officiel de la traduction française, et c’est probablement l’élément que je trouve le moins réussi dans ce livre de David Kushner. Publié donc sous le titre « Les maîtres du jeu vidéo », il s’agit d’un récit assez ancien puisqu’il date d’une dizaine d’années. Ca n’affecte pour autant pas du tout son intérêt ou sa pertinence ; je dirais même que je le trouve d’autant plus passionnant aujourd’hui, tant cela permet de prendre du recul sur l’évolution de l’industrie du jeu vidéo. Bref, c’est donc le parcours de deux John, depuis leur enfance pas toujours drôle jusqu’aux milliards et aux Ferrari.

On parle ici de John Romero et John Carmack, deux noms que les années 90 ont consacré parmi les plus grands concepteurs de jeu vidéo de tous les temps. Le premier s’est pourtant égaré au tournant des années 2000, quand le second fait toujours l’actualité, ayant récemment rejoint la société Oculus VR pour soutenir leur innovant casque de réalité virtuelle. Mais reprenons au commencement. Kushner retrace l’enfance de Carmack et Romero dans les années 80 qui permet de comprendre leur passion, voire leur addiction pour le jeu vidéo. Mais aussi dès le départ leur façon différente de l’envisager : Romero est un extrémiste du jeu à proprement parler, quand Carmack est avant tout obnubilé par la technologie. Mais tous deux se complètent et lancent une des sociétés les plus mythiques de notre secteur : iD Software.

Le bouquin ne se démarque pas particulièrement par son écriture, il comporte même un certain nombre de coquilles, mais il m’a pourtant accroché du début à la fin. Parce que le destin de ces deux gars raconte un peu le rêve de tous les férus du jeu vidéo qui ont vécu la sortie de Wolfenstein 3D ou Doom. Il m’a replongé dans mon adolescence avec Torment, quand on imaginait quel jeu vidéo on aurait aimé créer, qu’on confrontait nos idées et qu’il me montrait son carnet de dessins remplis de vaisseaux spatiaux ou de personnages. Sauf que contrairement à nous, les deux John sont allés au bout de ce rêve et ont fait de leur passion un boulot, et en réalisant les jeux auxquels ils auraient aimé jouer, ils ont révolutionné le marché.

Mais David Kushner explique aussi très bien comment leur égo respectif et leur vision finalement très différente de la conception d’un jeu, les ont mené au clash et à une séparation irréversible. On traverse ainsi trois époques, et trois situations différentes : la construction de leur passion des les années 70-80, la consécration dans les années 90, et la séparation et leur radicalisation à tous les deux à la fin du siècle dernier jusqu’au début 2000. Je n’aurais d’ailleurs pas été contre la suite de cette aventure tellement certains passages étaient prenants! Mais en toute honnêteté, elle aurait probablement été moins intéressante.

Deux John donc, qui sont à l’origine de jeux de légende, et qu’on découvre réellement au travers des 360 pages de cette histoire qui raconte comment ils sont passés d’une enfance modeste à un statut de millionnaire. Le livre se parcourt sans difficulté, et je le conseille tout autant à ceux qui ont connu cette époque dorée des années 90 qu’à ceux qui sont des joueurs du XXIe siècle et qui voudraient découvrir les origines de nombreux jeux modernes. Je dirais aussi que c’est un très bon témoignage de l’évolution des joueurs, et du développement du marché de masse. C’est vraiment une mine d’informations et un très beau portrait de ces deux personnalités, mais plutôt qu’en rajouter encore une couche, je vous laisse les découvrir par vous même.

Je vais maintenant continuer avec un autre bouquin de Kushner qui retrace l’histoire de GTA et de ses créateurs.

« Les maîtres du jeu vidéo » de David Kushner, édité en France par Ecole/Ecole Loisirs.