23rd Avr2017

Jeux Vidéo Pratique : la tristitude du magazine

by Alphajet

Oh ben ça faisait longtemps… Le « test » d’un nouveau magazine ! Oui parce qu’à défaut de trouver du temps pour jouer, il m’arrive d’en consacrer un peu plus à ma lecture vidéoludique ; rare moyen de me garder un minimum informé sur le sujet. Et là, qu’entends-je sur les réseaux sociaux ? Un nouveau magazine déclenche quelques remous. Il s’appellerait même « Jeux Vidéo Pratique », un titre digne des meilleurs magazines de « micro-informatique » des années 90. Alors franchement, est-il vraiment raisonnable de lancer un nouveau magazine dans la catégorie des jeux vidéos en 2017 sur un thème aussi casse gueule que le « pratique ». Non mais sans déconner, ils ont pondu ça en session brainstorming très imbibée d’alcool non ? « Hé Stéphane, et si on lançait un magazine pour tous les joueurs, qui se retrouveraient tous dans un magazine improbable qui arrive à concilier des tests pondus au hasard avec des fiches pratiques qui ne serviront à personne ?! ». C’est l’incroyable défi lancé par ce nouveau trimestriel, qui réalisera peut être l’exploit de mourir après son premier numéro. Mais on y reviendra …

La couv’

J’ai déjà mentionné dans des précédents articles l’importance de la couverture d’un magazine qui représente son identité, sa principale surface commerciale et sa ligne éditoriale. Notre nouvel ami JVP réussit le grand chelem en échouant magnifiquement à tous les niveaux. Petit bilan en 5 points

  1. Le thème rouge qui rappelle, voire permet de le confondre de loin (de très loin) avec JVM. Bref, on sait que le rouge attire l’oeil mais c’est du déjà vu (Video Gamer avait utilisé la même technique à son lancement).
  2. Le choix de Mario en bonne place sur la couverture alors qui est illustré dans le magazine par un article d’une seule page sur Super Mario Run. Assez léger comme justification.
  3. Les énormes encarts flashy, dont celui sur les « 60 fiches pratiques pour mieux jouer » ou « les 101 meilleurs jeux » qui tentent à tout prix d’étoffer un contenu qu’on découvrira en fait assez pauvre
  4. L’humour pathétique. Faut-il acheter la Switch… « La véritié, pitié ! ». Un bref aperçu de la souffrance qui vous attend à l’intérieur.
  5. La police de caractères, bordel, la police !!! Ou plutôt LES polices ! Regardez-moi cette police choisie pour le nom du magazine ! Le Comic Sans est très proche les amis, très proche ! A vue de nez, il y a 5 polices de caractères différentes sur cette couverture… un semblant de cohérence.. Hmm ? Non. Et c’est quoi ce gimmick avec les i dans « NiNTENDO SWiTCH » ??

La ligne éditoriale

Le sieur Stéphane Moreau et son acolyte Henry Treuil nous proposent en édito puis en préambule une sorte de récapitulatif de leur mission très vindicatif. Avec force de points d’exclamation, de majuscules, et d’attaques plus ou moins masquées, ils nous énoncent que la force de leur magazine réside dans leur indépendance, l’absence de publicité, leurs principes incorruptibles. Mais quelle idée leur est passée par la tête d’attaquer un nouveau magazine sur ce plan. La couverture et le début de l’éditorial laissent penser à un magazine pour les néophytes et on se retrouve avec un thème très complotiste des journalistes corrompus. De plus, alors que cette présentation laisse penser à des tests de jeux intransigeants et en quelque sorte sans concession par rapport à ceux qui sont critiqués (mais pas cités), le reste du magazine ne laisse nullement transparaître cette logique.

Bien au contraire, on peut se demander si un magazine qui annonce « ZERO % DE PUB » à côté d’une pub pour PNY ou avec une 4e de couv’ arborant Resident Evil VII est bien sérieux (certes, il n’y a que trois publicités, mais ça n’est pas zéro…).

Non, rendors toi Jeux Vidéo Pratique ! A tout jamais !

Le contenu

C’est forcément une déception puisque l’éditorial revendique que le magazine est conçu pour les « profanes qui se demandent encore comment tenir la manette aux hardcore gamers dévoreurs de pizza en passant par toutes les couleurs de l’arc en ciel ». Toutes les couleurs de l’arc en ciel …?? Bref, un contenu sans ligne directrice claire part forcément dans tous les sens.

Prenez la rubrique « Tests » par exemple. Leur magazine étant nouveau, les rédacteurs on cru bon de proposer les « tests 2017 des »101 meilleurs jeux », promesse de couverture. J’ai beau avoir fouillé le magazine, je n’ai trouvé que 24 tests… Pourquoi ? Il n’y a pas vraiment de cohérence dans cette sélection, et encore moins d’indication de la cible de chacun. On sait juste sur quelle plateforme le jeu est disponible et on nous sert une vague critique en quelques lignes ponctuée d’une note sur 10 points. Pourquoi privilégier la quantité à la qualité ? Pourquoi, quitte à séduire les non-connaisseurs, ne pas avoir proposé une sélection des meilleurs jeux dans chaque genre ? Trop de questions qui resteront probablement sans réponse…

Et puis la question à 101 millions d’euros, qu’est ce que c’est que cette fausse bonne idée de fiches pratiques (encore une fois, on se demande d’où sort le chiffre de 60 alors qu’il n’y en a que 22 dans le magazine…). A mi-chemin entre l’astuce qu’on trouvait dans les années 90 et les « conseils » façon Captain Obvious – « comment s’améliorer ? Ne pas s’énerver, regarder des vidéos en ligne … » c’est juste totalement incongru en 2017. Effectivement, personne ne fait ça, comme ça. Pour une bonne raison : parce que c’est nul et sans intérêt…

Le style

Tout magazine, au delà de sa ligne éditoriale, impose une empreinte, un ton qui le caractérise. On connait Canard PC pour son humour parfois graveleux mais son intransigeance dans les tests, The Game par exemple avec un style concis mais qui va droit au but. Jeux Vidéo Pratique a un style, le point d’exclamation. Jugeant j’imagine que la génération Youtube aime les phrases d’accroche et les bonnes vannes qui tombent à point nommé, les rédacteurs essaient de mimer un ton humoristique et de conclure la quasi-totalité de leurs paragraphes d’une pseudo-blague à deux roubles qui ne fera rire personne.

Je vous laisse juge sur la qualité des « conseils »

D’autre part, la majorité des thèmes sont abordés avec une sorte de naïveté qui fait un peu peine, car comme dit dans mon intro, ces textes ne s’adressent à mon avis à rien. Même pas aux mollusques ou aux arbres… Les dossiers ne sont ni précis, ni exhaustifs, plutôt pour les néophytes mais lesquels ? Quel débutant exploiterait ce JVP comme référence alors qu’on trouve énormément de ressources en ligne ou des sites comme BienDébuter par exemple ?

En conclusion…

…N’achetez pas ce trimestriel, dont j’ai appris qu’un second numéro avait été commis. En fait, je ne vois même pas l’intérêt de vous le déconseiller vu qu’il fait déjà l’objet de lourdes moqueries sur les réseaux sociaux : je pense que sa réputation le précède déjà. Bref, en vieillissant je me rends compte à quel point il devient important de maximiser l’exploitation de son temps pour des choses qu’on aime et qui nous intéressent. Alors profitez-en pour jouer, lire des bons papiers ou tout simplement passer du temps avec vos proches. Quant aux rédacteurs de JVP, rendez-vous service et trouvez un autre métier.