10th Fév2015

Critique magazine : PC Gamer

by Alphajet

PC_Gamer_01Ma générosité envers les magazines de jeu vidéo trouvera-t-elle une limite?? Mais en fin de compte, je n’ai pas trouvé grand chose à propos de ce « nouveau » magazine consacré aux jeux PC. Du coup, ça me semble plutôt opportun de vous en toucher deux mots, histoire de savoir s’il mérite ses quelques euros. Mais passons tout de suite aux présentations : PC Gamer est un spin-off de Video Gamer, qui parait tous les deux mois pour le tarif de 4,90€. Il n’a cependant rien à voir avec les éditions britanniques ou américaines de PC Gamer, desquelles le plus proche parent français était PC Jeux, décédé en 2012 lors de la grande épidémie qui a éradiqué 90% des magazines de jeux du marché avec la liquidation de Mer7.

Le rédacteur en chef est donc le même que pour Video Gamer, et on trouve de toute façon certains noms bien connus parmi les rédacteurs.

La couv’

PC Gamer présente un facial à la fois proche et différent de son frangin Video Gamer. D’une part, il y a un air de ressemblance avec une large illustration d’un jeu dont un focus est fait dans le numéro, mais il s’en démarque par un titre/logo encore plus visible qui barre toute la largeur du haut de la couverture. Une bonne façon de le repérer à coup sûr et de trancher face au rouge de Jeux Vidéo Magazine par exemple. Le reste est relativement classique avec un rappel des principaux titres abordés dans les pages du mag, mais aussi toujours une touche de hardware, un domaine souvent cher au joueur PC. On verra ce qu’il en est réellement plus tard.

L’édito

On en est déjà au second numéro de PC Gamer, et c’est « la rédaction » qui signe l’édito. On sent donc une volonté de parler d’une seule voix pour ouvrir le propos. Quel est le pitch ? En gros que le laboratoire (avec les jeux indépendants, les early-access, le crowdfunding…) et la meilleure expérience de jeu vidéo – graphiquement parlant – se trouve aujourd’hui sur PC. Pas faux en effet, mais cela parait tout de même assez osé à l’heure où les consoles représentent le gros du marché. Mais cela tend aussi à dire qu’on peut retrouver des magazines encore plus spécialisés, du moins s’il rencontre son public. En tout cas la volonté semble être de mettre l’accent sur les forces du PC, ses spécificités (les MMORPG, MOBA, …) et ses avancées côté matériel. Voyons voir si ça se précise par la suite…

Le contenu

PC Gamer se découpe en 4 grandes parties.

La première est surnommée « Actus ». Alors oui, les actus dans un bimestriel, ça peut faire peur. Mais la rédaction, au lieu de traiter succinctement d’un maximum de sujets, se concentre sur quelques nouvelles en étoffant un peu le discours. Une bonne chose, d’autant que les sujets abordés ne sont pas toujours sous les feux des projecteurs. On a principalement droit à des focus d’un peu moins d’une page sur les jeux à venir au cours des prochains mois. Certains comme Overwatch ou Battlefield Hardline par exemple s’étalent sur plusieurs pages et permettent d’en savoir un peu plus sur le jeu en question, même si on n’en apprend pas forcément plus que ce qu’on peut trouver ça et là en ligne. En revanche, c’est assez souvent plutôt un bon condensé, permettant au joueur PC un peu occasionnel de bénéficier d’un panel d’informations assez touffu sur les gros titres à venir, comme Evolve. La sélection des jeux est assez judicieuse car elle n’hésite pas à mettre l’accent sur ceux avant tout – voire exclusivement – destinés au PC.

Day of the Tentacle, monument de l'oeuvre LucasArts

Day of the Tentacle, monument de l’oeuvre LucasArts

La seconde section est constituée des « Focus ». L’occasion de s’attarder sur une thématique au cours de quelques pages. Difficile exercice avec un nombre de pages assez limité. Le premier numéro présentait judicieusement une sélection de jeux indépendants qui valent le détour, mais qui aurait mérité une présentation un peu moins courte de chaque titre. Le second quant à lui revient sur les plateformes de jeu dématérialisé ; sans grande surprise ni réellement exhaustif, mais encore une fois une bonne synthèse des offres principales du marché. Je regrette un peu la maquette qui privilégie les images envahissantes au texte. En revanche, mention très bien aux pages de la section Rétro de Denis Brusseaux qui revient successivement sur les success stories de Lucasarts et de Sierra avec nostalgie et passion.

Coincé entre la poire et le fromage, la rubrique Conso/Matos est celle qui se rapproche le plus du magazine « guide d’achat ». Mais il faut rappeler que le gamer PC est une cible de choix pour les fabricants de clavier, souris, casques et autres accessoires destinés à parfaire son exclusivité. Encore que les joueurs console n’ont plus guère que les composants à leur envier… Justement, les « tests » de matériel sont plutôt un aperçu, ou du moins une opinion générale sur le produit plutôt qu’une succession de benchmarks. A destiner aux joueurs qui veulent se faire un avis rapide sur la dernière génération de cartes graphiques par exemple. Le numéro 2 aborde les récents ultrabooks avec docks, évoqué avec curiosité mais des doutes qu’il m’a semblé juste de soulever. Une double page présente enfin quelques nouveautés en quelques lignes chacune. Bref c’est la partie qui m’a le moins convaincu.

La sélection matos, sympa mais vraiment sans plus...

La sélection matos, sympa mais vraiment sans plus…

Enfin, évidemment, le cœur du poulet ce sont les Tests qui occupent un tiers du magazine. Que dire… Les rédacteurs sont des plumes connues, le style est agréable… Allez faisons un « J’aime/J’aime pas ». J’ai aimé le côté synthétique des critiques qui vont droit au but sans être pour autant trop impersonnelles. J’ai aimé aussi les jeux sélectionnés pour la période de deux mois, qui comprennent forcément les hits incontournables mais aussi des titres typés PC (comme Civilization ou Company of Heroes 2) ou des moins connus, du genre This War is Mine qui mérite de l’être plus (connu). J’ai aussi apprécié le courage d’étaler un test sur 6 à 8 pages pour les coups de cœur comme Alien Isolation… mais beaucoup moins d’en gâcher 2 ou 3 pour y foutre des images pleine page… J’ai trouvé également ridiculement cosmétique d’équilibrer le nombre de points forts et points faibles comme si ça apportait quelque chose au propos. Enfin, petit manque d’audace sur la notation qui navigue très souvent gentiment entre 14 et 18 sur 20. Bon en même temps, on aura rarement vu un magazine se vendre avec un panel complet de jeux médiocres… donc je comprends que la sélection bimestrielle soit plus convenue.

Le mot de la fin

PC Gamer est un peu le cul entre trois chaises. C’est un magazine spécialisé PC, mais pas forcément un magazine de spécialistes avertis, avec des articles assez généralistes. Pour autant, certains focus ou la rubriques rétro sont intéressantes à plus d’un titre. La périodicité pose également question car elle impose de condenser l’actu, les tests et les dossiers dans 100 pages tous les deux mois. Et quand on voit certaines pages sacrifiées sous l’autel de la maquette, on sent que le magazine se cherche encore un peu, et surtout, cherche son public. La cible se trouve probablement vers le trentenaire ou quarantenaire qui n’a pas toujours le temps d’écumer les sites d’informations pour se renseigner (et y trier les 2/3 d’informations poubelles qui y trainent).

Pour toutes ces raisons, je souhaite bonne chance à PC Gamer, en espérant que la rédaction puisse lui insuffler suffisamment de personnalité et de spécificité pour qu’il puisse se démarquer de ses confrères les plus grand public (Jeux Vidéo Magazine ou Jeux Vidéo News) et plus « adultes » comme JV, Games ou The Game. Je crains juste que l’espace dans la presse vidéoludique (et le budget des lecteurs) se restreigne un peu trop pour un titre qui ne manque pourtant pas d’atouts.