12th Juin2014

Le retour du débat #16 : le jeu vidéo rend-il con ?

by Alphajet

Motherbrain

C’était le gros sujet du mois dans le numéro 8 de JV Le Mag, avec des interviews de psychologues et un panel assez vaste des dérives de comportement dans l’univers du jeu vidéo. J’ai trouvé que le thème était vraiment d’actualité, et je n’aurais pas mieux formulé la question! Franchement, ce serait se voiler la face qu’atténuer le terme « con ». Il y a des joueurs qui ont vraiment objectivement des comportements cons, que ce soit dans le jeu ou en dehors (on y reviendra). Est ce que ces comportements sont dus au jeu ou pas, c’est une autre question.

Le stress in-game

Les arguments développés dans JV abordent notamment les comportements agressifs en multi. Que celui qui n’a jamais râlé, hurlé, insulté pendant une partie me jette la première pierre (j’espère ne pas me faire lapider) ! C’est vrai, pour avoir – autrefois – pas mal joué en LAN ou même en ligne, l’intensité d’une partie multijoueur est tellement forte qu’on peut être happé par l’expérience. L’énervement qu’on peut exprimer est proportionnel à l’investissement qu’on met dans notre partie. Lorsqu’on a fait une longue soirée de jeu, ou bien lorsqu’on n’est pas très passionné par la partie multi d’un jeu qu’on n’apprécie pas tellement, la frustration est beaucoup moins grande, et au pire on fait une moue un peu déconfite lorsqu’on perd.

A l’inverse, toutes les expériences dans une environnement qui « challenge » fortement nos réflexes, notre esprit de compétition ou notre réflexion ont tendance à être prenantes et à faire surgir une aigreur d’autant plus forte que l’effort est long. Par exemple une fin de partie « Payload » sur Team Fortress 2 où on est à quelques mètres de l’objectif sans pour autant arriver à franchir le dernier rempart alors que les secondes finales s’égrainent. Le niveau de pression atteint son paroxysme et on est prêt soit à exulter de joie en cas de réussite, soit de colère en cas de défaite. Et l’on se rend compte que ça n’est pas nécessairement la perte d’une partie qui justifie un comportement con, mais aussi la victoire! Chambrer copieusement l’adversaire après une partie, s’en moquer ouvertement avec mépris hilare n’est pas forcément très malin non plus.

D’où mon point qui est que l’agressivité développée par la plupart des joueurs dans une partie tient avant tout au stress développé pendant son déroulement. Elle est une façon d’extérioriser une pression intense, d’une façon plus « expressive » que celle qu’on pourrait se permettre au boulot, ou dans un environnement social plus varié. Là dans la plupart des cas, on parle du joueur face à sa console ou son PC. Mais quand on voit l’agressivité développée dans un match de foot professionnel par exemple, est-ce vraiment différent? Pas tant que ça d’après moi, la pression du jeu et du résultat occultant également le fait que les joueurs soient des professionnels devant des milliers de spectateurs. Le jeu vidéo rend-il « plus con » dans ces situations? Oui, mais pas plus que certains autres jeux ou sports, et le niveau d’agressivité reflète avant tout la mentalité de la personne dans son ensemble.

Le mode Horde

Au delà des comportements développés au cours d’une partie, et notamment en mode multijoueurs, j’aimerais aborder l’attitude des « joueurs » à la marge du jeu. J’entends par là en dehors du jeu lui-même. En effet, autant je cautionne et je comprends l’agressivité, parfois même saine, qui peut être développée pendant une partie, autant j’ai beaucoup de mal avec ce que les aspects « grand public » du jeu vidéo peuvent amener. Quand je parle d’agressivité saine, je pense au fait qu’elle permet dans certains cas de développer une sorte de mode inconscient de soi-même pour mieux atteindre ses objectifs ; presque une sorte de transe d’extrême compétitivité. Mais bref, revenons quelques mois en arrière.

Nous sommes en Octobre 2013, au Paris Games Week , et parmi les millions de la campagne de communication du Call of Duty annuel, Activision a décidé de consacrer quelques brouzoufs pour offrir l’opus Ghosts aux 500 premiers arrivés sur leur stand. Et là, la gentille opération marketing s’est transformée en horde de zombies attirés par l’odeur de la chair fraiche d’un jeu bas du front. Pourquoi seuls les 500 premiers pourraient en profiter si on peut tenter de gruger et se rapprocher en bousculant, quitte à écraser quelques uns au passage ? L’actu fait souvent le tour du monde, dès qu’Apple lance un produit révolutionnaire, des centaines de MacAddicts campent devant les Apple Store pour être les premiers à acheter le Graal. Certes dans ce cas précis, ils le paient, mais ils n’en sont tout de même pas à se marcher dessus. Dans le cas du PGW, voir ce débordement prendre forme, c’est la preuve que le jeu vidéo touche depuis longtemps toutes les franges de la population, mêmes celles qu’on préfèrerait voir disparaitre sur une île déserte.

Tout ce qui est facile attire du monde. Pourquoi les concours à la TV sont ils si simples – du genre « quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri IV? » ?? Parce que ça rend possible à n’importe qui, ou presque, d’y répondre. J’ai du mal avec la facilité abrutissante. Pour dériver sur la civilité, combien de fois ai-je pesté devant les personnes qui lâchent leur cigarette – souvent non éteinte – par terre, ceux qui jettent leurs cartons dans une poubelle à 5m du container de recyclage, ceux qui avancent comme des benêts au milieu d’un carrefour bloqué au feu orange pour bloquer encore plus la situation ?? Trop souvent. Cet « abrutisme » du quotidien, on le retrouve malheureusement aussi dans l’univers du jeu vidéo.

Est ce que Call of Duty rend con ? Non pas plus que d’autres jeux. Mais comme on peut trouver des abrutis finis dans les gradins des stades de foot – parmi des gens très corrects je précise – on retrouve les mêmes dans certains salons de jeux vidéo, mais aussi sur certains forums où l’excuse de l’immédiateté de l’action ne prend pas.

Con un jour, con toujours

Que ce soit au cours d’une partie ou bien en dehors, j’en déduis pour ma part que les cons sont partout. Les joueurs cons sont des cons avant d’être des joueurs pour la plupart. Alors oui, le jeu vidéo peut exacerber les comportements de n’importe qui, désinhiber nos pulsions et causer des décollages d’insultes intempestifs. Pour autant, cela ne justifie pas ceux qui ne savent pas un minimum se contrôler, maîtriser leur agressivité.

Vu de l’extérieur par des gens non-initiés, une LAN-party peut ressembler à un foutoir innommable, peuplé d’hommes ou de femmes préhistoriques prêts à grogner et brailler à la moindre occasion. Pourtant, c’est bien souvent la bonne humeur et une ambiance bon enfant qui prédomine. Tous ceux qui ont pratiqué le multijoueur, ne serait-ce que devant MarioKart, savent que mauvaise foi n’est pas signe d’un gros connard assis sur le canapé à côté de soi. Par contre, on sait en général très bien faire la différence avec ceux qui explosent leur clavier/manette/volant/autre accessoire, qui sont prêts à vous écraser pour gratter un goodies gratuit sur un salon, ou qui insultent constamment à tour de bras et à vive voix.

Un comportement excessif temporaire est peut être juste un signe d’implication dans un jeu, mais au delà de ça… Brassens avait bien raison « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con ».

Crédit photo : http://metroid.wikia.com/