20th Mai2014

Captain Wolfenstein

by Alphajet

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Oh je sais, j’ai déjà cassé bien du sucre sur le dos de Wolfenstein : New Order il y a des mois de ça, ici même. Je prédisais alors un probable fiasco, ou tout au mieux, un jeu juste passable. Pourquoi? Parce que la version présentée jusqu’alors ne montrait qu’un shooter mou et sans originalité, si ce n’était son univers uchronique. Or le jeu sort aujourd’hui même, et je n’ai pas encore lu les premiers tests qui ne doivent pas manquer de poindre sur la majorité des sites de référence. Pourtant, ça n’est pas exactement sur ses qualités ou ses défauts que je souhaite revenir, mais plutôt faire un parallèle avec un autre vieux de la vieille : Captain America.

No-stal-giiiiieeeee !

Il y a quelques temps de ça, je suis tombé sur le film Captain America : First Avenger, sorti dans les salles en 2011. Je n’avais pas vu le film au cinéma, alors que je suis plutôt du genre à apprécier le contexte de la seconde guerre mondiale.  Mais Captain est un (super?) héros dont le charisme me fait l’effet d’une enclume. Parce qu’il incarne avant tout la représentation héroïque d’une époque et de motivations révolues. Parce qu’avec un regard de 2014, le surhomme de 1941 ravive avant tout un sentiment de nostalgie bienveillante plutôt que susciter l’envie de lui ressembler.

Captain America, le film, tente de remettre au goût du jour ce gaillard bariolé aux couleurs des Etats-Unis pour en faire un équivalent des Ironman ou Spiderman. Mais là où il est plus simple de revisiter un homme robot ou l’homme araignée, il est bien plus compliqué de réactualiser un personnage dont la seule motivation est d’éradiquer le nazisme… 70 ans après la fin de la guerre. Et c’est cette motivation de ressusciter une légende qui m’a fait penser au dernier Wolfenstein, dernier héritier d’une lignée qui a été le point de départ du genre de jeu le plus populaire aujourd’hui.

Même origine, même destinée

J’ai trouvé plusieurs parallèles entre ces deux opus. Le héros pour commencer, qui dans les deux cas est réveillé après des années « d’hibernation ». Certes dans Captain America, c’est plutôt le pitch de la fin du film, mais c’est clairement similaire à B.J. Blazkowicz qui est lui aussi réanimé pour sauver le monde après 14 ans dans le coma. Une ficelle un peu facile pour ramener les bons vieux héros au combat. Et même si le soldat polonais n’est pas censé être un super-héros, difficile de l’imaginer autrement tant il est capable de renverser l’armée d’Hitler à lui tout seul.

L’univers lui-même est similaire, avec un monde en guerre face au nazis : Wolfenstein The New Order fait planer l’ombre d’un nazisme omniprésent dans les années 60, quand Captain America nous replace dans le contexte de la guerre historique. Mais dans les deux cas, le héros doit faire face à des forces surnaturelles, et seules ses capacités hors-normes permettront de libérer le monde. Un scénario digne des plus belles histoires pour enfants, où le gentil-super-fort auquel on doit s’identifier sera le seul sauveur possible. En ces temps de crise et de menace de guerre en Ukraine, c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes…

Les antagonistes aussi sentent le formol. J’ai trouvé tellement kitch le crâne rouge, et la pseudo explication de son état : « le sérum de super-soldat expérimental a foiré sur lui, et il est devenu tout décharné, rouge et très très méchant ». Dans un style presque aussi caricatural, le méchant savant fou nazi le docteur Strasse qui rappelle les nemesis des vieux James Bond des années 60. L’idée n’est jamais d’innover, mais de rénover tant bien que mal des stéréotypes de personnages d’un autre temps.

Tout comme Captain America évoque le patriotisme sans bornes  des USA, par son nom, sa mentalité et évidemment son costume ridicule, Wolfenstein nous impose la vision uchronique d’un monde écrasé par une Allemagne nazie complètement tyrannique et destructrice. Car qui dit patriotisme dit ennemi à combattre, et que ce type de héros à l’ancienne ne peut s’arranger que d’un monde manichéen où les très-très-gentils luttent contre les très-très-très-méchants.

Pour revenir à mon idée de départ, je dirais donc qu’avant même de juger les caractéristiques du jeu et de son gameplay, Wolfenstein : The New Order s’est déjà profondément ancré dans un univers qui limite forcément sa capacité à innover. Parce qu’à vouloir faire vibrer la fibre nostalgique des joueurs, le jeu nous embarque dans un monde de clichés déjà vus et revus qui n’en feront peut être pas la sombre bouse que j’imaginais, mais en tout cas pas un futur indispensable dans toute ludothèque. Parce que l’ambition des développeurs était seulement de raviver un Captain America du jeu vidéo, pas de réinventer le genre du shooter type seconde guerre mondiale.

Cela dit, les trailers du jeu publiés depuis cette année sont tellement bien faits que j’espère quand même une belle réussite au jeu, ne serait-ce que pour son « esthétique commerciale » réussie!

Crédit image : http://comicsalliance.com/preview-captain-america-the-1940s-newspaper-strip-3-exclu/