23rd Avr2014

Le retour du débat #15 : le fan service

by Alphajet

fanservice

Récemment, un cas a fait débat, c’est celui de Metal Gear Solid : Ground Zeroes. Au delà de la discussion sur sa durée de vie, je retiens qu’au final, Kojima (ou Capcom?) a voulu sortir un pré-épisode pour mieux faire patienter les fans de sa saga fétiche. La question est : jusqu’où le fan service doit-il aller, quelles sont ses limites, quels sont leurs réseaux (ah pardon ça c’était Enquête d’Actualité!) ? Telle est la question posée ici.

Mais d’abord, c’est quoi le fan service? A la base, c’est un terme qui provient surtout des mangas et de la japanime, et qui désigne une imagerie ou des produits dérivés qui visent à nourrir leur imaginaire. Bon en fait surtout leurs lubies sexuelles, hein on va pas tergiverser. On connait nos amis japs’ et leur passion pour l’exagération des mensurations (qu’on ne vienne pas me dire que les Marseillais exagèrent après!), les écolières ou les maids.

Mais au delà de ça, je considère que le fan service concerne de façon générale les produits dérivés d’une œuvre ou un produit ; Star Wars en est un excellent exemple. Pour les jeux vidéo, on peut étendre ça à tout ce qui est créé avant tout pour satisfaire un public plutôt que pour créer vraiment de la valeur ajoutée ou de la nouveauté.

Y’a pas de mal à se faire plaisir!

C’est finalement le meilleur argument que les partisans du fan service pourraient nous donner! Après tout si les joueurs demandent du Call of Duty, du Metal Gear Solid ou Street Fighter, on n’a qu’à leur en donner. Clairement, certains DLC, éditions remasterisées et autres prologues sont créés juste dans ce but… et rencontrent leur public !

Quelques exemples

– Prenons la série Street Fighter pour commencer, considérée par beaucoup comme un pilier du jeu de baston. Pourtant, rajouter 3 ou 4 personnages et stages dans une version Ex Plus Alpha Arcade Edition proposée à un prix élevé peut paraitre chiche ou même du vol. Mais derrière ce qui ressemble à un DLC déguisé, il y a également tout un lot d’équilibrage très complexe, des petits ajouts au gameplay qui peuvent faire une énorme différence pour les gros joueurs, ou en compétition.

– Les éditions remasterisées, au delà de leur aspect collection, et upscaling en HD – je pense à God of War ou Age of Empires par exemple – touchent à la fois leur ancien public qui va retrouver le plaisir de découvrir un jeu qu’il connait déjà par cœur, mais aussi un nouveau public. Un public qui ne connait pas forcément certains classiques et qui va pouvoir les redécouvrir sur un matériel plus récent.

– Je vais pousser le bouchon encore plus loin pour parler de FIFA. Je ne cautionne pas forcément une nouvelle édition tous les ans, mais je pense à l’acquisition des licences des joueurs et des équipes. Mine de rien, les fans de foot trouvent aussi leur compte dans un jeu qui leur rappelle vraiment leurs joueurs préférés, de la dernière coupe de cheveux de Cristiano Ronaldo aux cicatrices de Franck Ribéry. Après tout, on ne peut pas en vouloir à EA de satisfaire son public de ce côté là

Mais faut pas non plus déconner

Le problème évident du fan service, c’est de tomber dans la facilité, la surenchère gratuite… Enfin pas gratuite justement parce que certains n’hésitent pas à faire payer une « démo » – Gran Turismo Prologue, elle est pour toi celle-là – ou à ressortir la même soupe tous les ans, beaucoup trop de jeux de sport en témoignent. Donc mine de rien, le prix fait partie des facteurs qui peuvent faire basculer un jeu du côté obscur. C’est à dire le produit dont on se rend bien compte qu’il est avant tout là pour faire rentrer des thunes.

Dans cette catégorie là, on peut justement reprendre les FIFA et autres franchises sportives à succès qui se sont souvent reposées sur leurs lauriers, par fainéantise d’une part, par manque de temps d’autre part, mais surtout par volonté de l’éditeur de distiller un nombre de nouveautés tout juste suffisant pour s’assurer l’achat par les fans. Le dernier Coupe du Monde 2014 est un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire en voulant juste répondre au côté mercantile de l’évènement en faisant payer quelques pauvres ajustements sur le gameplay et la licence officielle au prix fort.

Ce que j’en dis

J’en dis que la frontière entre ce que j’appelle fan-service et foutage de gueule n’est pas toujours évidente à tracer. Reprenons le cas MGS : Ground Zeroes. Je ne suis pas spécialement ce qu’on pourrait appeler un spécialiste de la licence, vu que je n’ai jamais joué à un seul épisode de ma vie (si, si, c’est possible). En revanche, cet « épisode » me semble avoir beaucoup des caractéristiques du fan-service : il fait la transition entre 2 épisodes principaux, en éprouvant le nouveau moteur graphique sur une mission principale et quelques petits à-côtés, pour tout de même une trentaine d’euros. C’est un peu comme si au resto, on vous faisait payer 15€une mise en bouche basée sur le plat principal : du genre les croutons et la rouille de la bouillabaisse, pour rester dans le sud… Ils ont intérêt à ÊTRE SACREMENT BONS LES CROUTONS A CE PRIX LA !!

Bref, encore une fois bravo si certains éditeurs arrivent à faire manger des dizaines de développeurs en abreuvant les joueurs de versions « faciles » de leurs principales licences. Ca fait partie du marché « mainstream » du jeu vidéo, comme il y en a dans le cinéma par exemple. En revanche, je pense que ce qui distingue un bon jeu d’un grand jeu, c’est la motivation initiale de ses auteurs : quand le moteur principal des créateurs est avant tout de plaire aux fans, c’est qu’on met l’histoire, le background et le gameplay au second plan.

Maintenant, chacun est juge de ce qu’il considère acceptable ou pas dans ces pratiques 🙂