22nd Fév2014

Les maîtres du carnage

by Alphajet

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Ça n’est pas le titre officiel de la traduction française, et c’est probablement l’élément que je trouve le moins réussi dans ce livre de David Kushner. Publié donc sous le titre « Les maîtres du jeu vidéo », il s’agit d’un récit assez ancien puisqu’il date d’une dizaine d’années. Ca n’affecte pour autant pas du tout son intérêt ou sa pertinence ; je dirais même que je le trouve d’autant plus passionnant aujourd’hui, tant cela permet de prendre du recul sur l’évolution de l’industrie du jeu vidéo. Bref, c’est donc le parcours de deux John, depuis leur enfance pas toujours drôle jusqu’aux milliards et aux Ferrari.

On parle ici de John Romero et John Carmack, deux noms que les années 90 ont consacré parmi les plus grands concepteurs de jeu vidéo de tous les temps. Le premier s’est pourtant égaré au tournant des années 2000, quand le second fait toujours l’actualité, ayant récemment rejoint la société Oculus VR pour soutenir leur innovant casque de réalité virtuelle. Mais reprenons au commencement. Kushner retrace l’enfance de Carmack et Romero dans les années 80 qui permet de comprendre leur passion, voire leur addiction pour le jeu vidéo. Mais aussi dès le départ leur façon différente de l’envisager : Romero est un extrémiste du jeu à proprement parler, quand Carmack est avant tout obnubilé par la technologie. Mais tous deux se complètent et lancent une des sociétés les plus mythiques de notre secteur : iD Software.

Le bouquin ne se démarque pas particulièrement par son écriture, il comporte même un certain nombre de coquilles, mais il m’a pourtant accroché du début à la fin. Parce que le destin de ces deux gars raconte un peu le rêve de tous les férus du jeu vidéo qui ont vécu la sortie de Wolfenstein 3D ou Doom. Il m’a replongé dans mon adolescence avec Torment, quand on imaginait quel jeu vidéo on aurait aimé créer, qu’on confrontait nos idées et qu’il me montrait son carnet de dessins remplis de vaisseaux spatiaux ou de personnages. Sauf que contrairement à nous, les deux John sont allés au bout de ce rêve et ont fait de leur passion un boulot, et en réalisant les jeux auxquels ils auraient aimé jouer, ils ont révolutionné le marché.

Mais David Kushner explique aussi très bien comment leur égo respectif et leur vision finalement très différente de la conception d’un jeu, les ont mené au clash et à une séparation irréversible. On traverse ainsi trois époques, et trois situations différentes : la construction de leur passion des les années 70-80, la consécration dans les années 90, et la séparation et leur radicalisation à tous les deux à la fin du siècle dernier jusqu’au début 2000. Je n’aurais d’ailleurs pas été contre la suite de cette aventure tellement certains passages étaient prenants! Mais en toute honnêteté, elle aurait probablement été moins intéressante.

Deux John donc, qui sont à l’origine de jeux de légende, et qu’on découvre réellement au travers des 360 pages de cette histoire qui raconte comment ils sont passés d’une enfance modeste à un statut de millionnaire. Le livre se parcourt sans difficulté, et je le conseille tout autant à ceux qui ont connu cette époque dorée des années 90 qu’à ceux qui sont des joueurs du XXIe siècle et qui voudraient découvrir les origines de nombreux jeux modernes. Je dirais aussi que c’est un très bon témoignage de l’évolution des joueurs, et du développement du marché de masse. C’est vraiment une mine d’informations et un très beau portrait de ces deux personnalités, mais plutôt qu’en rajouter encore une couche, je vous laisse les découvrir par vous même.

Je vais maintenant continuer avec un autre bouquin de Kushner qui retrace l’histoire de GTA et de ses créateurs.

« Les maîtres du jeu vidéo » de David Kushner, édité en France par Ecole/Ecole Loisirs.