04th Mai2013

World of Sexism

by Alphajet

Chers amis, l’heure est grave. J’ai pas mal tergiversé avant de poster cet article, ne sachant pas trop si j’apporterais quelque chose de probant à la discussion du moment. En effet, je m’apprête à commenter un sujet ultra-polémique et sensible, non pas la PS4, non pas les DRM, mais réagir à l’article fleuve de Mar_Lard posté sur le blog Genre!. Un dossier qui s’intitule « Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier », vaste programme. Un titre à mon goût un peu tendancieux car il laisse penser que les « geeks » représentent un milieu particulièrement plus sexiste comparé à d’autres, mais j’y reviendrai plus tard. Non, tout d’abord, ce que je tiens à faire, c’est mettre un cadre préalable autour de mon article, que je revendique sincère qu’on le croie ou non.

Oui, je tiens à affirmer que je pense que le post de Mar_Lard est utile, même nécessaire. Je suis conscient qu’il existe un problème de sexisme dans notre société, et donc a fortiori dans la communauté gamer ou geek. Et évidemment, le sexisme s’affirme le plus souvent par un machisme pour ne pas dire un dénigrement du genre féminin bien plus flagrant et fréquent qu’il ne l’est contre les hommes. Donc, loin de moi l’idée de renier l’intérêt d’une cause qui exige un traitement respectueux des deux sexes, surtout dans un monde assez jeune comme celui du high-tech et des jeux vidéo. Et je dirais même « Bravo », car après son argumentaire sur « l’affaire Joystick » l’été dernier (j’y reviendrai aussi), il fallait avoir un certain courage pour collecter des éléments à charge pendant 6 mois et publier cette compilation.

Pour illustrer mon propos, je vous propose quelques héroïnes de jeu vidéo pas si nunuches. Ca commence par une des pionnières! Miss Pacman, qui était tout aussi gloutonne que son cher amoureux jaune citron

Pour illustrer mon propos, je vous propose quelques héroïnes de jeu vidéo pas si nunuches. Ca commence par une des pionnières! Miss Pacman (1981), qui était tout aussi gloutonne que son cher amoureux jaune citron

Mais si j’étais d’accord sur tout, vous vous doutez bien que cette présente contribution serait bien maigre. Donc si je suis d’accord les raisons qui l’ont poussé à écrire, je le suis beaucoup moins sur la forme. Je vais essayer d’articuler correctement mes arguments plus loin, mais pour résumer mon sentiment général après avoir pas mal lu et digéré sur le débat, je ferais une petite analogie scabreuse… Je trouve que ça ressemble au maître qui fout le nez de son chien dans la merde qu’il vient copieusement de déposer dans le salon tout propre, en l’engueulant avec force et violence verbale pendant 10 minutes pour lui faire bien comprendre de ne pas le refaire.

Mais là où on peut comprendre qu’on n’explique pas forcément à un chien que non, ça n’est pas glamour de laisser ses excréments trainer dans la maison, et qu’une attitude menaçante suffise, le public humain a beaucoup plus de chances de réagir de diverses façons à ce genre de texte dénonciateur. On le voit avec les conséquences de cet article, copieusement garni en félicitations tout comme en commentaires amers, voire totalement haineux. Car si certains ont eu l’impression d’ouvrir les yeux sur le phénomène, d’autres se sont plutôt braqués, créant l’effet inverse en ayant tendant à les refermer comme une coquille sur leur vision. J’exclus bien volontiers ceux dont le niveau de réflexion s’arrête à l’insulte.

Mais pour tous ceux dont la conscience n’est pas forcément sensibilisée à ce problème, tenter de leur jeter une réalité (j’ai bien dit « une », pas « la », car il y a forcément une part de subjectivité) acide aux yeux, ben ça pique. Et le premier réflexe, c’est un peu de rejeter en bloc. Chose d’autant plus probable que le texte est, dans mon opinion, dommageable sur plusieurs plans. Je vais essayer de les expliquer…

1. La pertinence des arguments

Je vais en prendre un parmi d’autres. Mar_Lard nous rappelle plusieurs fois que l’Histoire des geeks, plus généralement de l’informatique, est jalonnée de nombreuses mères d’inventions déterminantes pour le secteur. Tout comme elle précise que de nombreuses filles jouent depuis leur plus tendre enfance, cherchant par là à défoncer, telle un Chuk Norris énervé, la porte du mythe « les geeks sont originellement des hommes, repliés sur leur communauté, réfractaires à l’accueil des « noobs » et plus encore des femmes, qui devront nécessairement justifier d’une connaissance encyclopédique pour avoir le droit d’en placer une ».

L’argument se tient… en partie. Je fais peut être fausse route, mais ça n’est pas en donnant quelques exemples de célèbres scientifiques (au passage, j’ai personnellement du mal à les qualifier comme geeks, tout comme Turing et ses potes) qu’on valide un argument comme quoi le milieu geek est imprégné d’une forte culture féminine. Pour moi c’est un débat vraiment différent, et le machisme avéré de la communauté scientifique est suffisamment connu pour se souvenir que les grandes femmes de science ont – malheureusement – été assez rares dans l’histoire. Et pour se recentrer sur les « geeks », ou les gamers en tout cas, je pense qu’il soit pas totalement mensonger de dire que les garçons des années 80 étaient plus nombreux à s’imprégner des jeux vidéo que les filles.

Je suis d’accord pour dire que le milieu du jeu vidéo s’est aujourd’hui beaucoup plus diversifié, et est devenu accessible à une très large partie du public. En revanche, ça me semble assez erroné de sous entendre que c’était le cas il y a 20-30 ans. Tout simplement parce qu’assez logiquement, si une si forte proportion de femmes avait été présente dès le début de l’histoire vidéoludique, la surabondance de sexisme n’aurait pas pu autant se développer non? Je trouve même contre productif d’essayer de nier le fait que la population masculine était majoritaire dans ce milieu car justement, elle donne du crédit aux femmes qui essaient de s’y imposer.

Sous ses airs de cruche juste bonne à être capturée, la princesse préférée de Mario a donné naissance à l'excellent Super Princess Peach (2006), mais elle était déjà présente et jouable dans Super Mario Bros 2!

Sous ses airs de cruche juste bonne à être capturée, la princesse préférée de Mario a donné naissance à l’excellent Super Princess Peach (2006), mais elle était déjà présente et jouable dans Super Mario Bros 2 (1989)!

De même, sans verser dans la condescendance larmoyante, je pense quand même que le stéréotype du « geek pâle, maigrichon et boutonneux à lunettes » n’est pas né que d’un mythe. Il y a je pense une véritable origine à cela. Probablement une évolution logique de ceux qui ne cadraient justement pas avec les canons de la mode de leur temps, et qui sont passés du club d’échec à la salle d’informatique. Loisir ô combien adapté aux personnes un peu refermées sur elles mêmes et qui peuvent y trouver un certain réconfort. Donc création du mythe du geek.

Mais pour revenir à un cadre plus social, les métiers assez techniques et d’apparence complexe étaient tout simplement plus accessibles aux hommes qu’aux femmes dans les années 60-70, ce qui a à mon avis a créé un noyau masculin dans cette communauté par extension. C’était, faut il encore le rappeler, une autre époque, et le milieu de l’informatique/jeu vidéo n’en est qu’un exemple parmi d’autres.

La situation a probablement perduré avant s’ouvrir plus tard, mais sans perdre pour autant ce noyau masculin qui fait qu’aujourd’hui encore, on voit beaucoup plus d’hommes aux avant postes du milieu gamer que de femmes (sans parler évidemment du fait que dans la société en général, les postes à haute responsabilité sont systématiquement plus occupés par des hommes que des femmes). Je pense donc que stigmatiser le milieu geek plus qu’un autre, c’est se tromper de cible. Par contre, rappeler qu’il n’est qu’un milieu comme les autres face au sexisme, c’est une évidence indéniable – traduction: ça n’est pas un cadre moins machiste que les autres.

Je trouve qu’il y a quelques exemples comme celui là dans cet article, qui est principalement une longue énumération de faits (dont certains éloquents), qui vont laisser à certains l’impression que Mar_Lard essaie d’imposer des évidences, qui n’en sont pas forcément.

2. La force des arguments

Le problème dans un article qui dénonce une sorte de consensus machiste dans tous ses détails les plus sordides, c’est qu’on peut rapidement passer d’un argument/fait/récit hyper percutant (la description du Cross Assault de Capcom et de ses dérives est assez éloquente) à d’autres, mis au même niveau, l’article étant assez « tout d’un bloc », et pourtant beaucoup plus insignifiants. Du genre émettre un jugement sur les avatars de réseaux sociaux de certains rédacteurs de magazines, ou des raccourcis pas tip top, notamment sur l’affaire Tomb Raider/Joystick. En effet, autant je trouve son présent article presque nécessaire pour initier une réflexion, autant celui de l’été dernier était à mon avis beaucoup trop réac’. Phrases sorties de leur contexte, traces d’humour volontairement prises au premier degré, amplification et surenchère caractérisée… bref mon problème c’est que sa lecture subjective d’un article a inspiré nombre d’autres papiers à des journalistes qui n’auront dans la plupart des cas ni lu l’article incriminé, ni même entendu parler du jeu dont il était l’objet…

L’été dernier, j’avais même prévu d’en parler spécifiquement, mais j’avais laissé tomber et voulu attendre la sortie du jeu pour en rediscuter (ce que je n’ai pas fait par ailleurs 😉 ). Bref, je ne remets pas en cause le fait que Deez, l’auteur de la preview de Tomb Raider, ait été très (trop) maladroit dans sa façon de présenter les choses, mais pour avoir suivi Joystick pendant des années, je le crois sincère quand il dit que c’est la nouvelle façon de présenter Lara Croft qui l’a enthousiasmé. Et pas quelques furtives secondes pendant lesquelles le jeu sous-entend une tentative d’agression sexuelle sur l’aventurière. Reste que son article était en effet assez mal fichu ; il n’était clairement pas dans un grand jour, sentant les vacances approcher il s’est permis des dérives vraiment pas brillantes

Je n'ai pas pu m'en empêcher: seul Game B de LaFauteALaManette pouvait nous pondre ce magnifique détournement de la couverture du Joy' incriminé, qui montre bien que pour le coup, le plus salace n'était peut être pas Deez...

Je n’ai pas pu m’en empêcher: seul Game B de LaFauteALaManette pouvait nous pondre ce magnifique détournement de la couverture du Joy’ incriminé, qui montre bien que pour le coup, le plus salace n’était peut être pas Deez…

Bref, j’en reviens à mon analyse. Je prends un autre exemple. Mar_Lard étend intelligemment sa propre expérience du sexisme dans d’autres milieux : la communauté Linux ou encore la communauté hacker. L’argument est frappant, il suffit qu’une femme participe sur des forums, ou pire à un débat avec sa webcam pour voir déferler les commentaires pathétiques. Par contre, mettre dans le même sac la communauté des rôlistes (bien qu’elle doive tout autant comporter son lot de boulets machistes) parce que certains « osent » jouer un rôle..?? Euh, ça n’est pas justement l’objet du jeu de rôle de profiter de l’expérience pour incarner un personnage complètement décalé, loufoque ou un incorruptible chevalier? En quoi incarner une « elfe bombasse » ou « un vicelard » est si dégradant pour les joueurs? Et ce qu’on devrait autant s’offusquer si une femme jouait le rôle d’un gros chevalier  macho et vulgaire ?? Franchement non! Où est le fun si on se met tous à jouer des robots effectuant sagement leur quête loyale? Toute l’essence d’un jeu de rôle papier provient à mon sens de la qualité du contexte mis en place par le maître de jeu ET de l’ambiance créée par les joueurs.

Ce genre d’exagérations et de déformations et assez symptomatique de personnes qui, pour étayer leur propos, se sentent obligés d’en rajouter. Le problème, c’est que ça ne sert absolument pas l’argumentation, ça provoque l’effet contraire. Mar_Lard se sent obligée de retourner sur sa première croisade, le dossier Tomb Raider de l’été dernier. Il semble qu’elle n’ait pas lu à l’époque la dernière partie où une femme, oui UNE FEMME écrit un brûlot sur la poitrine opulente de Lara Croft. Toute la mauvaise foi se situe autour du fait que cet article était ouvertement caricatural et second degré, alors qu’elle affirme clairement que c’est un moyen pour le magazine de flatter la libido de ses lecteurs adolescents prêts à se masturber sur n’importe quelle image de duo de melons (pas de Cavaillon ceux-là). Qu’on puisse remettre en question l’intérêt de cet article, pourquoi pas, mais prétendre qu’il est à lire au premier degré, c’est faire un affront à son intelligence et je ne doute pas une seconde qu’elle ait fait preuve d’hypocrisie en l’abordant de cette façon.

Et c’est malheureusement assez récurrent dans son article, ce qui affaiblit considérablement son propos…

3. La construction du propos

Là, j’attaque la forme, et sur ce point, je pense qu’il y a une cascade de choses à blâmer…

3.1. Escalade des superlatifs

Je n’ai rien contre un peu de vulgarité bien sale de temps en temps, c’est même plutôt agréable dans un monde de journalisme lisse, fade et creux. Par contre, Mar_Lard croit là aussi judicieux d’en faire des caisses. Mais là où quelques « bites » auraient pu se laisser lire dans un article de taille assez standard, on se retrouve ici avec une accumulation de qualificatifs : « dégueulasse », « les connards », « les queutards frustrés », « désinformation crasse », « pissant à la gueule », « notre chatte nous reste en travers de la gueule »…

Non seulement, niveau style c’est lourd, mais en plus ça laisse la désagréable impression qu’elle répond à la vulgarité des exemples qu’elle expose par la même violence verbale. Et pour moi, ça dépasse le simple cadre du sarcasme pour tomber dans le travers de l’accumulation caractéristique. Les moindres illustrations en langue anglaise sont traduites, intention louable, mais qui rajoute encore au ton pesant de l’article. Je pense que cette accumulation était voulue pour engendrer un sentiment de malaise chez le lecteur, mais qui en devient à mon avis vaine tant tous les arguments ne se valent pas…

Le premier Left4Dead nous proposait d'incarner Zoe, pas plus démunie que ses autres confrères d'infortune face à l'armada de zombies. Le casting fait certes un peu cliché, mais il a le mérite de mettre les 4 personnages sur un pied d'égalité

Le premier Left 4 Dead (2008) nous proposait d’incarner Zoe, pas plus démunie que ses autres confrères d’infortune face à l’armada de zombies. Le casting fait certes un peu cliché, mais il a le mérite de mettre les 4 personnages sur un pied d’égalité

3.2. La catégorisation systématique

Une des choses que j’ai le moins supporté dans le propos de Mar_Lard, c’est sa façon de ranger tout le monde dans des petites boites: « la communauté gamer », « la communauté geek », « la communauté hacktiviste », etc, etc… Comme si les gens devaient tous rentrer sagement dans des petites cases et ne jamais en sortir, comme si quelqu’un qui joue ne pouvait se caractériser que par « gamer » et pas par le reste de ses passions, de ses activités… Elle prend d’ailleurs pour exemple d’une amie, racontant une agression sur son blog et twitter, et s’insurge contre un gars qui a une attitude déplorable MAIS attention! Il a été candidat du Parti Pirate aux législatives 2012! Donc soudainement, il convient d’agglomérer sa parole d’évangile à celle du Parti Pirate tout entier, de là à sous-entendre très grassement que le Parti Pirate n’est composée que « d’hommes blancs sexuellement frustrés » qui cautionnent les agressions sexuelles, il n’y a qu’un pas non?  C’est typiquement le fait de catégoriser en permanence qui, à mon avis, renvoie à l’exclusion.

Le phénomène de la « fake geek girl » n’est qu’une sous-conséquence du communautarisme. A force de vouloir catégoriser les gens, on les isole, on ne les résume qu’à cette seule étiquette, ce qui contribue à les inciter à exclure, refuser toute « intrusion » de l’extérieur de leur groupe. Et ça n’est sûrement pas limité aux femmes! Si on reprend l’univers du jeu vidéo, combien de fois avez vous entendu sur une partie multi de Call of Duty les adultes se foutre de la gueule des plus jeunes, les rangeant immédiatement dans la catégorie des « Kevin » ou des « Kikoolol » ? Ou alors les très célèbres « n00b », insulte suprême la plus populaire parmi ceux qui se croient effectivement de l’élite du jeu vidéo??

3.3. Le ratage de cible

Cet enfermement systématique dans des catégories pousse Mar_Lard à ne trouver qu’une seule origine à tous les « maux de la communauté geek » : le « cis-hétéro-mâle-blanc-symbole-du-partriarcat ». Et là, tous les points que j’ai précédemment cités se retrouvent concentrés autour de cette cible identifiée: répétition jusqu’à en vomir (près de 40 fois dans le texte), assimilation à un concept de classe sociale totalement déplacé (de classe moyenne, voire aisée), rapprochement à une couleur de peau encore plus incongrue, et rappel qu’il est en proie à un dénigrement systématique de la condition de la Femme doublée d’une mauvaise foi caractérisée, sans doute victime de ses pulsions hormonales agressives ??

Que d’aberrations dans cet état de fait ! Mar_Lard considère-tu donc que ce que tu titres être LA raison de « la maladie de notre communauté » se limite à une préférence sexuelle? Ou que les classes sociales les moins privilégiées ne sont pas touchés par des phénomènes d’agression sexuelle: bizarre j’ai tendance à croire que c’est l’inverse! Ou encore qu’alors que bon nombre de jeux proviennent encore du Japon, un pays ou la culture sexuelle est très éloignée de la notre – et à mon avis pas plus à ton goût – tu restreins le sexisme à un problème de blancs. Oui parce que je me dis alors que nos amis japonais doivent être considérés comme des « jaunes ». Pas de sexisme chez les hommes de peau noire non plus?

Je force volontairement le trait ici pour souligner à quel point je trouve que Mar_Lard s’est fourvoyée sur ce point. En cherchant à jeter l’opprobre sur une seule cible trop évidente, toutes les bonnes intentions (justifiées), le discours de fond s’effritent en tombant dans une critique trop facile. Même si les thèmes annoncés (le problème est dans l’industrie, dans la presse, dans la communauté…) laissaient espérer une analyse du problème, c’est toujours le même refrain qu’elle nous sert du début à la fin. Très très dommage de résumer tous les maux à une seule cause pour expliquer un problème si vaste…

On la prend souvent comme symbole de la femme forte dans le jeu vidéo. J'en retiens que derrière son côté ouvertement sexué et une rare incarnation féminine dans un Beat'em All, le jeu cache quelques références à d'autres jeux mais aussi à Evangelion, animé où les femmes ont une place très importante.

On prend souvent Bayonetta (2010) comme symbole de la femme forte dans le jeu vidéo. J’en retiens que derrière son côté ouvertement sexué et une rare incarnation féminine dans un Beat’em All, le jeu cache quelques références à d’autres jeux mais aussi à Evangelion, animé où les femmes ont une place très importante.

3.4. Les espoirs déçus

Dernier point – parce qu’à force dans rajouter moi aussi j’affaiblis mon propos – j’ai été déçu par le « tout » de la charade. Quelque part, le titre annonce une couleur qui n’est pas du tout celle qui ressort à la fin. Un peu comme la lessive qui doit laver plus blanc que blanc, mais au final tu te retrouves avec des grosses tâches et des couleurs qui ont déteint… « Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier ». Deux promesses non tenues pour moi.

« Pourquoi notre communauté est malade« : je peux féliciter Mar_Lard pour avoir compilé tant d’exemples de sexisme, c’est tout de même une belle masse de travail (il est certes plus facile pour moi de juger son article après coup). Mais une accumulation d’exemples, aussi nombreux et criants soient ils, n’en fait en aucun cas une analyse. C’est au mieux un état de la situation qui prouve qu’on trouve – hoo comme c’est étonnant – du sexisme partout dans « la communauté geek », comme on en trouve quasi partout ailleurs dans le reste de la société.

Peut être que Mar_Lard aurait du s’interroger, se demander pourquoi cette culture sévit encore tant dans un milieu a priori plus progressiste qu’est celui des geeks/gamers/etc ? Parmi d’autres raisons, je pense qu’il est devenu un marché de masse, dirigé par le marketing et les dollars, mais surtout universel. Là où seules les familles un peu aisées pouvaient se permettre d’acheter une console de jeu dans les années 80, c’est désormais un loisir ouvert à tous, et donc entre autres aux gros cons (n’ayons pas peur de le dire, et le terme n’est pas restreint aux hommes)  de la société qui ont là un moyen comme un autre de s’amuser. Sauf que dans le même temps, cette même population s’est soudainement retrouvée à l’ère « 2.0 », celle où n’importe qui comme moi peut ouvrir sa gueule sur un blog, un forum, un Youtube, un commentaire. Et toute la connerie de ces gens qui auparavant étaient un peu plus invisibles se retrouve subitement sur le devant de la scène.

« …et comment y remédier« : Mar_Lard nous propose 7 grandes étapes parmi « la myriade de possibilités » afin de changer ce problème de sexisme… Savoir identifier les problèmes, s’informer, ne pas rester silencieux face à une situation sexiste, témoigner du soutien, réagir aux contenus critiquables, exiger des communautés saines (sic), utiliser ou créer des outils pour signaler les mauvais comportements tels que des cartons jaunes, ou les boutons « signalement »…

Rien qui vous étonne là-dedans? Après avoir couché des milliers de mots avec toute sa hargne pour démontrer à quel point les femmes étaient victimes de discrimination sexiste par tous les pores du jeu vidéo, démonté étage par étage la communauté geek, elle nous joue une partition peace&love façon hippie. « Ouais cool, les gars, informez-vous bien, et puis dites que c’est pââas bien quand un autre homme est méchant, et préparez vos cartons jaunes on va faire un sitting… Peace! » Seriously ???!!

Petit détour perso: ma femme travaille dans le développement web depuis une dizaine d’années, pas spécialement le milieu le plus féminin qui soit, et dans le domaine de l’agriculture qui plus est! Si elle avait du subir ne serait-ce que le dixième de ce que Miranda Padozki a enduré pendant 5 jours, mais croyez moi elle l’aurait découpé en petites lamelles très fines qu’elle aurait ensuite jeté dans un grand feu de joie !!! Au pire, elle serait partie depuis très longtemps! Protester systématiquement, démontrer qu’on ne se laisse pas faire, ouvrir grand, très grand, sa gueule quand c’est nécessaire, mais c’est le 1er commandement à donner à toute personne victime de discrimination, quelle qu’elle soit!

Je finirais sur une de mes héroïnes préférées: Cate Archer, classe, intelligente et dotée d'un humour très british. En espérant son retour dans un 3e épisode un jour?

Je finirais sur une de mes héroïnes préférées: Cate Archer de No One Lives Forever (2000 puis 2002). Classe, intelligente et dotée d’un humour très british. En espérant son retour dans un 3e épisode un jour?

Conclusion

Ce dernier point, c’est clairement ce que je n’ai pas compris dans le propos de Mar_Lard : elle nous sort un pamphlet de milliers de lignes pour enflammer la communauté – et sur ce point, je suis d’accord pour dire qu’elle méritait un bon coup de pied dans la fourmilière – pour au final se positionner en victime. Miroir de ce comportement, Gameblog, passablement connu pour son côté occasionnellement grivois, l’invite à un podcast, qu’elle décline poliment sous prétexte qu’elle ne voulait pas se confronter à plusieurs mecs ouvertement amateurs de babes… « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Bon en attendant, elle a répondu sur des chats (en ligne), participé au Vinvinteur (sans opposition), et soyons honnêtes à l’émission Arrêt sur Images que je n’ai pas encore vue.

Mais bref, Mar_Lard si tu mets le doigt dans l’engrenage public en espérant rester sagement cachée, tu te fourres le doigt dans l’œil, et tu en es de plus parfaitement consciente tant l’article sur Joystick a fait parler l’été dernier. Quand on choisit d’incarner un combat, il faut savoir l’assumer complètement, et montrer justement que tu fais partie de ces femmes qui ne se laissent pas faire, en toute circonstance. Tu brandis ton épée pour pourfendre ceux qui défendent les « sexistes, homophobes, racistes » au nom d’une « prétendue liberté d’expression ». Mais c’est ça la réalité! Les abrutis ne changeront peut être jamais d’avis, mais on ne peut décemment pas espérer faire changer l’esprit de ceux qui ne sont que peu sensibilisés au problème en évitant le débat, même si les contre-arguments paraissent débiles.

Encore une fois, je trouve le coup de gueule justifié, et qu’il a suffisamment fait écho sur le net et ailleurs pour faire son effet. Par contre, le fait que l’article en lui même soit bourré des points que j’ai évoqué me dérange, et je pense que ça joue en défaveur de la cause pour l’égalité des sexes. Ca fait … vieille féministe réac’ alors que le sujet méritait un autre traitement.

Je ne veux pas d’une société, et pas plus d’un monde du jeu vidéo, qui serait faussement paritaire, où l’on imposerait à Sony d’avoir une femme présidente, l’option systématique du choix d’un personnage féminin ou de couleur, une espèce de fausse réalité lisse et aseptisée. Mais à force de persévérance, avec des femmes qui seront de plus en plus nombreuses dans la création de jeux, je suis convaincu que notre média, comme le cinéma a pu le faire avant lui, contiendra son lot de petites perles. Des bijoux qu’on n’acclamera pas parce qu’ils auront une héroïne, mais parce qu’ils auront un scénario mieux écrit, plus crédible, et avec des personnages féminins plus profonds (Bioshock Infinite en est apparemment un bon exemple).

Pour finir sur une note positive, je crois personnellement que le changement est déjà amorcé : quand je vois deux jeunes adolescentes se balader dans le rayon jeu vidéo d’un grand magasin et hésiter entre un SimCity, Guild Wars 2 ou un Tomb Raider en dissertant sur leurs qualités et défauts, je me dis que la nouvelle génération est déjà là. Qu’elle ne perdra pas son temps à pinailler sur une jaquette de jeu vidéo mais à faire valoir ses différences, à affirmer.Et que si elle s’en donne les moyens, les relations entre les hommes et les femmes de cette « génération 3.0 » seront plus franches et plus équilibrées. En tout cas, c’est ce que j’espère.

Oh dernier mot: le meilleur papier que j’ai pu lire sur l’article de Mar_Lard, c’est aussi une femme qui l’a écrit et ça se passe ici.

Edit : je rajoute une autre référence sur le même ton : Mar_Lard tu devrais peut être juste changer d’amis