22nd Nov2012

Journalisme et jeux vidéo: scandale ordinaire

by Alphajet

Depuis quelques temps (depuis l’affaire Robert Florence en fait), tout le web s’enflamme sur la non-neutralité de la presse vidéo-ludique. Et presque tout le monde en prend pour son grade, du blog jusqu’aux plus gros sites de jeux en passant par les magazines. Ce que je trouve toujours très surprenant en fait quand ce genre de lièvre est soulevé, c’est comment une situation implicitement installée depuis des années devient du jour au lendemain scandaleuse. Ne vous méprenez pas, je ne prétends pas apporter une grande pierre à l’édifice, ni même un caillou d’ailleurs. Mais par pure pulsion du « tiens si j’ouvrais ma gueule », je lance mon gravier malgré tout.

Le fond du problème, en deux mots c’est quoi? C’est que journalistes de tous bords et blogueurs célèbres sont accusés du même mal: une vile connivence avec les « RP », les monsieur et madame Relation Presse des gros éditeurs. Pour dire clairement ce que tout le monde pense, on dénonce des tests et previews élogieuses qui seraient la conséquence de soirées VIP petits-fous arrosées, de jeux soigneusement envoyés – gratuitement il va sans dire – en avance avec un camion benne de goodies, et autres invitations à des sessions de tests privées. En gros, qui dit privilège dit perte d’objectivité.

Ca m’inspire quoi? Hmmm, déjà que ce débat n’est pas nouveau, et que même s’il a moins explosé à l’époque, dans une ère ou Internet n’était pas encore roi, les magazines spécialisés se sont souvent frittés. Untel qui décroche une exclusivité un mois avant tous les autres, un autre qui bénéficie d’un reportage sur une nouvelle console, etc… Il faut quand même se rendre compte qu’à l’époque, c’était justement ces magazines qui véhiculaient les Saints Évangiles de l’actualité vidéo-ludique. Donc, le deal gagnant-gagnant c’était : l’éditeur se fait une bonne publicité pour pas trop cher en invitant les journaleux qui relaieront l’information à leur lectorat avec force de conviction, tandis que les magazines s’affairent à accroitre leur public grâce à la « breaking news » que les autres n’ont pas.

Qu’est ce qui a changé aujourd’hui? Pas grand chose en fait, sauf que la presse papier dans ce domaine est un peu au bout du rouleau (dans une fin de cycle au mieux), et que l’affreuse réalité s’est déplacée sur Internet. La seule nouveauté, c’est que l’acharnement à vouloir proposer l’info qui tue en premier s’est décuplé. En gros, aujourd’hui si tu ne flirtes pas avec les limites du NDA (Non Disclosure Agreement ou Accord de Non-Divulgation en français), que tu ne « teases » pas ton lecteur avec des tweets et des titres racoleurs, si tu ne fais pas le buzz, tu sers à rien. J’exagère à peine.

Après, est ce que s’en insurger aujourd’hui changera réellement quelque chose? A voir comment les journalistes en général (TV, journaux, grands magazines) font souvent honte à leur titre, j’en doute. L’actualité presque en temps réel, c’est ce que demande le peuple après tout non?! Heureusement pas tout le peuple… Mais malgré les mea culpa et les autres justifications pour clarifier que « non, notre indépendance ne peut pas être remise en question! », ce genre de pratique continuera à persister, et conséquemment, le doute sera toujours permis. C’est un peu l’affaire Lance Armstrong quoi. Tout le monde trouve ça louche, on ne peut pas fournir de preuves, mais à un moment donné c’est tellement gros que certaines têtes tombent.

L’ennemi public numéro 1… un peu facile

J’aimerais juste faire un micro apparté sur Julien Chièze, qui sert en gros de bouc émissaire, de tête de turc ou de Louis XVI du jeu vidéo, appelez ça comme vous voulez. C’est vrai qu’il a son petit côté insupportable à inonder tous les flux d’informations de ses actualités fragmentées en 36 posts dans la journée, ou que sa double vie agence de communication / journaliste laisse planer un voile de suspicion sur son impartialité. MAIS, j’oserai dire que le bonhomme reste quand même la personne qui a la meilleure élocution et capacité à parler du jeu vidéo proprement (je veux dire en vidéo, en public). Et qu’au moins sur ce point, il aura fait un petit peu de bien dans un univers que le commun des mortels assimile un peu trop au geek, voire au nerd…

Bon, où je voulais en venir avec tout ça moi? Ah oui, la conclusion. Et bien, que dans le jeu vidéo comme ailleurs, mes chers amis, il faut savoir choisir mais surtout diversifier ses sources. Entre les news mal traduites de l’anglais, les approximations, et les infos lâchées trop tôt et donc incorrectes, il vaut mieux se fier à ceux en qui on garde notre confiance. Personnellement, je commets l’outrage de voir par exemple dans l’équipe de Canard PC une bande d’iconoclastes, de vandales sans foi ni loi, mais qui savent de quoi ils parlent et dont le ton n’a d’égal que leur indépendance et leur je-m’en-foutisme. Personnellement, plus le temps passe et plus je me détache de l’information brute de décoffrage. Je préfère ceux qui analysent pénardement dans leur coin et sortent leur texte quand ils l’ont décidé, pas pour être les premiers à dire une connerie.