11th Avr2011

Jouer = perdre son temps?

by Torment

Jouer = No life?

Vous aimez les jeux vidéo? Puisque vous êtes sur ce site, la réponse est probablement oui… Au point qu’on vous a probablement fait sentir que vous passez trop de temps sur ceux ci. Sûrement que vous même, vous vous êtes dit que vous pourriez faire autre chose de votre vie.

Si vous totalisiez le nombre d’heures que vous avez passées à jouer, et que vous aviez fait quelque chose d’utile et productif en ce temps là (comme réviser aux examens par exemple), vous seriez peut être à polytechnique à l’heure qu’il est. Ou bien, vous pourriez parler 5 autres langues, ou devenir maître de multiples arts martiaux.

Le temps est relatif. Oui, mais à quoi?

C’est le genre de raisonnement que j’entends souvent, les jeux vidéo sont une perte de temps. Le raisonnement cité plus haut, où vous auriez pu faire quelque chose de plus utile n’est pas forcément vrai. Après tout, on ne peut pas réviser tout le temps, apprendre des langues tout seul, et les cours de Taekwendo ne sont que de 18H30 à 20H30. Les jeux vidéo n’ont pas d’heure, sont amusants, ne demandent pas d’énergie (Nd Alphajet: ça, c’était avant la Wii et Kinect :D), et on peut jouer seul. Ce n’est pas le cas des activités cités plus haut.

Cependant, il y a du vrai. Vous pourriez souvent faire quelque chose de plus utile de votre temps que de jouer.
Par exemple, lire un livre qui est à la fois éducatif et amusant. C’est plus difficile que de jouer, mais le livre procure un plaisir qui est peu ou pas présent dans le jeu vidéo:
quand on pose le livre (et qu’il est bon, disons celui là… How the mind works), on a la satisfaction d’avoir terminé le livre, d’avoir découvert de nouvelles émotions, de nouvelles idées, d’avoir appris quelque chose… En d’autres mots, on a un peu progressé dans ce chemin sinueux, difficile et figuratif qu’est notre vie.
Quand on pose la manette, on s’est peut être éclaté à Team Fortress 2, mais souvent on a un sentiment de vide, qu’on est en train de gaspiller notre vie…. En d’autres mots, on a un peu regressé. J’ai joué en tout 200 heures à Team Fortress 2, et à la fin, ça m’a apporté quoi?

Ressentez vous parfois un sentiment de vide?

WOW

Je pense que ce terrible moment, où on pose la manette, quand on termine le jeu, est une bonne chose. Ça nous signale, que dans le fameux chemin qu’est notre vie, ça n’avance pas vraiment. Que quelque part, cette expérience, quoique très plaisante sur le moment, nous a coûté quelque chose de précieux: du temps. Traverser le chemin prend du temps et de l’effort, et si on passe notre temps à se reposer ou regarder les fleurs sur le passage, on n’a vraiment pas avancé.

Dans le chemin de votre vie....

...Avez vous perdu beaucoup de temps?

 

 

 

 

 

L’argumentation (intro, développement et conclusion) se résumera en un mot: WOW. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’élaborer tant l’argument me parait convaincant. (WOW = World Of Warcraft pour ceux qui n’ont pas compris)

Bon d’accord, j’exagère un peu, je suis sûr que WOW a des qualités intrinsèques les premières heures, et a surement pour beaucoup un aspect communautaire intéressant. Cependant, il est pour trop de gens un piège addictif, où les gens perdent leur temps et leur argent dans l’illusion constante de progresser. Je n’ai jamais joué à WOW mais je suis assez certain que celui ci a perdu beaucoup de son sens épique après la 277ième heure et la 15ième fois qu’on refait le même donjon.

Niveau 96 dans World Of Warcraft

J'ai passé ma vie à jouer, alors pourquoi je me sens si triste?

 

 

 

 

 

 

Ce que je voudrai maintenant expliquer, c’est que ce sentiment de perte de temps n’est pas une fatalité. Les jeux vidéos peuvent nous apporter plus qu’une excitation temporaire qui s’évapore le moment où l’on est reconnecté à la réalité.

Il serait je pense trop facile, de dire que les éditeurs ne font pas assez de bon jeux, qui nous apprennent des choses. C’est un peu, voire beaucoup vrai, mais je veux plutôt démontrer que les joueurs actuels peuvent avoir une « gamelife » (en « parallèle » à une « social life » ou même une « sexlife »), qui est saine et qui leur apporte beaucoup de chose. En fait, nous avons tous les éléments en main, mais encore faut il s’en rendre compte.

Il faut prendre le temps de regarder pour voir que le temps n'est pas perdu...

Jouer = Se faire des amis

Tout d’abord, le plus évident. Les jeux vidéo, bien que souvent une activité solitaire, sont une activité qui a un fort potentiel social. Les gamers aiment souvent rencontrer d’autres gamers, car ils ont probablement beaucoup en commun, ils peuvent vouloir échanger leurs expérience (pour savoir quels jeux acheter), ou tout simplement parce qu’ils aiment parler de jeux. Je me souviens d’avoir bossé seul avec un gars pendant 4 mois, qui aimait les jeux autant que moi, et on a eu un excellent contact car on avait cette passion commune. Ce fut une excellente expérience, qui se produit malheureusement trop rarement entre gamers.


Ironiquement je trouve que l’expérience online anonymise et superficialise les contacts. Au lieu d’aider les rencontres intéressantes, le online a plus tendance à nous faire faire des rencontres inintéressantes. Ce n’est pas que les gens à l’autre bout ne sont pas intéressant, c’est juste que le contexte n’est pas approprié pour développer des relations intéressantes.


Malgré tout, je crois réellement que les jeux vidéo peuvent être un catalyseur de relation sociales. J’ai développé beaucoup de mes amitiés à travers le jeu, avant en allant chez eux faire des réseaux, et aujourd’hui je garde contact car on joue en ligne.
Jouer à Diablo seul est déprimant. Mais faire avancer ses persos au niveau 80 avec 3 potes, c’est une expérience qui nous marque.

Jetez un coup d’oeil à l’article d’Alphajet si vous ne croyez pas que le jeu vidéo peut très bien être une activité sociale.

Jouer = apprendre

Ceci est particulièrement vrai pour les jeux de simulation.
J’ai introduit mon père récemment à HAWX (simulation arcade aérienne), et j’étais surpris qu’il ne sache pas faire tourner l’avion comme il faut.
Ce n’est pas qu’il savait pas sur quel bouton appuyer, il ne savait pas que pour faire tourner l’avion de chasse rapidement, il faut faire une roulade à 90°, et monter. (Manœuvre).
Je me rend compte qu’avec les heures de simulations d’avions que j’ai investi (plusieurs centaines je suis certains), ce genre de choses était devenu pour moi tellement évident, je ne comprenais pas qu’on ne puisse pas savoir.

En fait, je me rends compte que j’ai passé tellement d’heures à faire des simulateurs de vol, que si j’étais dans un avion avec 100 autres personnes, et que l’hôtesse criait : « Les pilotes sont morts, il faut quelqu’un pour piloter l’avion! »… Sur 100 personnes, je serais probablement la personne la mieux entraînée pour être le héros de la situation.
D’ailleurs, les pilotes de ligne actuels, passent d’abord par les simulateurs, où ils passent des centaines d’heures, avant de prendre leur envol pour de vrai.


Le meilleur simulateur qui m’a le plus appris reste probablement Theme Park. Les graphismes adorables cachaient une profondeur de jeu très complexe, qui s’avéraient être en fait une simulation de business très complète. Les attractions font la pub, les magasins font de l’argent, et il faut savoir maîtriser ses coûts (faire le maximum de travail avec le minimum de salariés principalement).
Une petite mention aussi à Civilization, qui nous apprend énormément sur l’histoire. Qui connaissait le Chichen Itza avant de jouer à Civilization?
J’ai aussi remarqué que les élèves joueurs était particulièrement fort en anglais, faute de localisation dans les jeux il y’a 15 ans. Jouer est probablement le meilleur moyen d’apprendre une langue. Finalement le plus évident, jouer motive à apprendre l’informatique.

 

 

 

 

 

 

Jouer = Réflechir

Et je ne parle même pas des jeux de reflexion (trop évident), mais parfois les jeux font réfléchir sur des sujets controversés
Bioshock par exemple est une réflexion sur la philosphie objectiviste de Ayn Rand.
Cette philosophie est formulée dans le jeu par Andrew Ryan (dont le nom ressemble très volontairement à celui d’Ayn Rand), le fondateur de Rapture, la ville sous marine dans laquelle l’action se déroule.
Bioshock est une tentative de nous montrer à quoi ressemblerait le monde si on appliquait les philosophies de Ayn Rand. De toute évidence les réalisateurs du jeu sont à la fois passionnés par cette philosophie, même si ils en sont aussi très critique. Ce qui est fascinant avec cette constatation, c’est que la majorité des joueurs qui auront traversé Rapture, l’ont traversé sans entendre parler d’Ayn Rand ou de cette philosophie qui inspire tout l’univers du jeu.

Bioshock, ce n'est pas juste une histoire de scaphandrier...

...Atlas a aussi un rôle important

Plus particulièrement, un jeu peut nous faire réfléchir grâce à ses mécanismes. Ceci est plus difficile à expliquer. Les jeux de gestion en particulier, nous apprennent à gérer des ressources. Sim City par exemple nous place en tant que maire, où les citadins veulent toujours plus, mais ne sont jamais contents de payer. On se retrouve dans une spirale infernale où il faut toujours offrir plus en limitant les moindres coûts partout où on les trouve.

Des fois très volontairement, les jeux veulent nous faire réfléchir en faisant des choix. Baldur’s Gate nous proposait de terminer les missions souvent de la manière paresseuse, mais qui nous donnait une mauvais alignement, ou de manière plus fastidieuse et astucieuce, mais on gardait un bon aligement. Les jeux d’aujourd’hui sont heureusement moins manichéens, Mass Effect et Bioshock 2 par exemple nous font faire des choix moins évidents, qui demandent une réelle reflexion, et où il n’y a pas vraiment de bon choix. Par exemple dans Mass Effect, on se retrouve face à la dernière reine d’une espèce instecoïde. Dans le passé, cette espèce a failli détruire toutes les civilisations présente dans la galaxie. Elle s’attend à ce qu’on la détruise, mais nous promet de vivre en paix si on la laisse vivre…. ARGH! Quel choix? Que faire?… je garde mon choix pour moi, mais à ce jour, je ne sais toujours pas si j’ai fait le bon choix.

Le génocide, je sais, c'est mal, mais quand même, c'est eux qui ont cherché à nous génocider nous...

Je sais, ils contribuent à la non prolifération des brachiosaures, mais quand même, je suis content qu'ils ne se cachent pas aujourd'hui dans ma cave...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jouer = Ressentir

Finalement, il y a l’expérience en soi, dans le sens du plaisir d’avoir vécu quelque chose. Parfois il est vrai, on a joué pour la 278ième heure de WOW, et on a vraiment le sentiment de perdre notre temps. Mais des fois, on a juste eu une super expérience. Le jeu en soi ne nous a apporté aucune connaissance, aucun ami (bien qu’on aura envie de parler de l’expérience après), aucun message, mais juste un sentiment « d’avoir-vécu ». Un des meilleurs exemples pour moi, est Prince of Persia (le premier d’Ubisoft). Une réalisation soignée, des mécanismes originaux et réussis, des personnages attachants, une fin qui m’a rendu vraiment triste. Et pourtant dieu sait à quel point le jeu ne me disait strictement rien à sa sortie. Je l’ai essayé parce que les revues étaient excellentes, et je n’ai pas été déçu.
Certains jeux mythiques on marqué fortement leur génération, dont voici quelques légendes:
Super Mario 3, Zelda 3, Street Fighter 2, Myst, Theme Park, Gabriel Knigth 2, Duke Nukem 3D, Final Fantasy 7, et surtout pour moi Planescape Torment.
Je dois avouer que rien que le fait de me remémorer ces experience me fait monter les larmes aux yeux.

Mon premier jeux console

Ceux qui ont vu l'intro de Secret Of Mana et rien ressenti, ne ressentiront jamais rien...

 

 

Ce n’est pas juste que ces jeux sont vieux, et me rappellent nostalgiquement une époque révolue de ma vie. Il y’a aussi d’excellents jeux récents: Batman Arkham Asylum et Mass effect sont des exemples très récents qui méritent largement d’être rajoutés au Panthéon.

L’expérience de ces grands jeux était tellement intense, qu’elles font partie de notre vie, comme la lecture d’ainsi parlait Zarathourstra de Nietzsche, l’écoute du Canon de Pachelbel la première fois, et notre premier amour.
Quand on repense à ces jeux, certains d’entre nous avons ressenti une expérience réelle et profonde.
Pour s’en convaincre, il faut voir la réaction intense qu’à suscité la mort d’Aeris dans FF7, pour voir à quel point l’expérience des jeux vidéos peut être forte.

Aeris était mon seul healer... NOOOOON!!!!!!

Jouer = Être productif

Pour ceux qui ne sont pas convaincus que le jeu est un élément crucial d’une vie saine, parlons de 2 personnages très influents: Mao et Enstein.
Mao promettait, qu’au plus haut du communisme, travailler serait indissociable de jouer, à condition bien sûr, que le peuple chinois y mette l’effort aujourd’hui. En attendant qu’on arrive à ce rêve, cette idée montre à quel point le jeu peut être inspirant pour les humains, puisque des millions de chinois sont morts à réaliser cet idéal de jouer.
Pourtant cette utopie n’est pas aussi irréaliste qu’elle puisse paraître (en tout cas, pas pour certains d’entre nous). Parlons d’Einstein, dont la productivité n’est pas à démontrer. Celui ci disait que la forme la plus haute de travail, c’est de jouer, et voilà comment je l’interprète:

Avouez que ça a quelque chose de séduisant comme idée

 

Ma théorie, est que le temps est mieux investi quand on prend le temps de réfléchir au temps qu'on a passé....

 

 

 

 

Le génie, c’est d’arriver à convertir le travail en un jeu. Pour une tâche que les plus disciplinés d’entre nous trouveront difficile, les génies sont injustement avantagés, car eux y prennent du plaisir. Isaac Newton n’a pas découvert la gravité parce qu’il voulait devenir célèbre, ou parce que quelqu’un lui promettait de l’argent si il découvrait quelque chose, il l’a découvert parce qu’il prenait plaisir à explorer et comprendre le monde autour de lui.
Les jeux vidéo « sérieux » sont à leurs premiers balbutiements, mais un jour, j’espère qu’ils aideront les gens « normaux » à prendre plus facilement plaisir dans des activités habituellement pénibles.

C'est plus facile de travailler quand on est passionné par ce que l'on fait....

Conclusion: Jouer = Vivre

Je ne sais pas ce qu’est le but de la vie, mais une activité qui peut nous faire plaisir, rencontrer des gens, nous éduquer, nous faire réfléchir et même parfois travailler ne peut pas être une perte de temps totale. Réussir des projets dans la vie, comme obtenir un diplôme, élever une famille, avoir une bonne carrière, une mort paisible, sont tous des projets louables, mais finalement, peut on être sûr qu’on aura pas ce même sentiment de vide, qu’on avait en posant la manette?

Et c’est la pour moi le plus intéressant qu’il y ait à dire sur le jeu vidéo. C’est que la majorité des gens qui jouent vivent souvent pleinement leur vie en jouant, mais trop souvent ils ne s’en rendent pas compte. Combien de gens se rendent compte qu’ils font de la philosophie en jouant à Bioshock? Ou se rendent compte que leur niveau d’anglais est très bon, malgré le fait qu’ils ne révisent jamais leurs cours? Ou se rendent compte qu’ils ont pleuré à la fin de Prince of Persia? Ou se rendent compte qu’ils en savent beaucoup sur les cultures étrangères; et le Japon en particulier? Ou se rendent compte que si aujourd’hui ils sont ingénieur en informatique chez IBM, c’est en grande partie parce qu’adolescent ils ont passé des heures à criser pour faire marcher Quake 3 en réseau? Ou se rendent compte qu’ils ont pu garder de bons contacts avec leurs amis, car ils ont passé 200 heures à jouer à Team Fortress 2 avec eux? Ou se rendent compte qu’ils se sont tellement identifié au personnage principal de Planescape Torment, au point qu’ils en ont pris le titre du jeux comme pseudo?

Mais assez parlé des autres… Euhm! bon d’accord, tout ça c’est moi, reparlons de moi alors….

Votre temps à jouer n'a pas forcement disparu, il est investi en vous, mais prenez vous le temps de vous en rendre compte?

C’est pour cela que j’ai décidé de participer à ce site. Il est vrai, que les jeux cherchent rarement à nous apporter du vécu. Mais je pense que c’est plus de la faute des joueurs, que celle des développeurs, car on reconnait trop rarement quand une jeu nous fait du bien, et donc on ne l’apprécie pas à sa juste valeur. On ne demande donc aux développeurs que des expériences qui nous apportent un plaisir immédiat et temporaire, un peu comme une barre Mars.

Jouer à Bioshock et ne voir qu’un shooteur, c’est comme lire l’Étranger de Camus, et ne voir qu’une mauvaise histoire policière. Mais je reconnais qu’interpréter Camus n’est pas du tout chose facile, même quand on sait qu’il y’a un sens plus profond à l’histoire (le sens c’est paradoxalement l’absurde).
Participer à ce site est pour moi, ma manière d’aider les joueurs à reconnaitre en quoi jouer peut être une expérience plaisante et enrichissante. J’espère que cette article vous aura aidé à réaliser que beaucoup d’heures passées furent des moments bien investis dans votre vie. Pour moi en tout cas, écrire cet article m’a permis de réaliser à quel point elles ont contribué à faire de moi qui je suis.

Signé : Torment (Et oui, comme Planescape Torment)