13th Sep2012

Joystick : mort et résurrection

by Alphajet

2012 : Évolution de la presse vidéoludique (part 2)

Il y a quelques mois j’écrivais une critique un peu (et volontairement) incendiaire sur le magazine Joystick, à la hauteur de ma déception. Déception de voir cette légende de la presse jeu vidéo s’enfoncer mois après mois dans une sorte de rigidité cadavérique. Je veux dire par là un manque d’évolution criant, la dernière « nouvelle formule » en date s’étant révélée au mieux un restylage léger. Un nouveau skin quoi… Alors j’accueillais avec scepticisme le Joystick nouveau, déjà presque résigné de le voir suivre une trajectoire tragique à la Gen4.

La couverture:

C’est à la fois l’identité, la marque de fabrique, le signe distinctif d’un magazine. Celle de Joystick n’avait pas vraiment changé ces dernières années, héritage d’une rédaction dorée jusqu’au début des années 2000 pas vraiment facile à renier. Et pourtant, c’est une rupture intelligente qui a été choisie. Le logo garde sa police emblématique, mais se rétrécit dans le coin supérieur gauche.

Elle est globalement plus aérée, plus lisible avec son fond blanc, des accroches plus discrètes et mieux espacées. Bref, j’aime beaucoup.

Et quoi de mieux qu’une bonne polémique pour relancer les ventes d’un magazine, ici superbement illustrée par l’artwork de Lara Croft qui orne cette couverture? Certes, le magazine s’en serait passé, et j’en reparlerai prochainement.

Les nouveautés :

Du nouveau pour être honnête, il y en a pas mal. Et les plus visibles sont étroitement liées : l’augmentation du nombre de pages et la disparition tragique du DVD.

Depuis des années, Joy souffrait d’une grave crise d’anorexie. Moi qui l’ait connu bien en chair, certes enrobé d’un peu de gras publicitaire, je l’ai vu lentement fondre comme neige au soleil. Bien loin d’être un régime positif, cet amaigrissement forcé a continué de dégrader la qualité du contenu au profit de … ben de pas grand chose. Si ce n’est ce fameux DVD garni d’un jeu complet. Et là, je retrouve cette odeur de papier en tournant les pages, l’impression de tenir un vrai petit bouquin de 150 pages (+50% tout de même) et pas un fascicule Altaya…

La contrepartie, c’est donc l’abandon du DVD sur l’autoroute des vacances. Mais au contraire de votre chien ou de votre chat, est-ce que vous le regretterez vraiment? Les jeux proposés étaient ils vraiment encore un facteur important d’achat? Pour moi plus vraiment, même si occasionnellement un titre m’intéressait réellement. Pour l’essentiel, ils devenaient un peu obsolètes : trop vieux pour être des hits récents, trop jeunes pour être des classiques rétro, et malheureusement souvent trop moyens pour être indispensables.

Avec un prix qui reste fixé à 6,95€, moi je signe pour ce troc de la galette contre du papier. Nouvelle mise en page aussi, qui tranche réellement de l’ancienne. Le texte est le centre de l’attention, et ça se voit.

A titre d’exemple, le Top 5 des news. Je trouve bien plus pertinent de se focaliser sur l’analyse de 5 évènements particuliers, qui sont expliqués et critiqués, plutôt que l’énumération de nouvelles pas fraiches et autres communiqués de presse sans aucun intérêt dans un magazine papier de nos jours (à part pour les malheureux qui disposent toujours d’une connexion internet 56k).

Autre reflet des temps, l’apparition de la double page « La pêche à la tweet » qui fait une sélection des citations les plus marquantes des éminents acteurs du monde vidéoludique. Pas indispensable, mais un brin plus intéressante que celle de Jeux Vidéo Magazine car elle a le mérite d’être brute de décoffrage avec la version originale du tweet.

Les rubriques / contenu:

La refonte totale des news dont je parlais plus haut est un bonheur, entre le Top 5, reportages, interviews, et une rubrique culture. Plus concentrée et plus intéressante tout simplement.

Les essais de beta versions et les tests sont certes proches de l’ancienne formule, mais il y a ce petit je-ne-sais-quoi qui fait que la sauce se relie. Ce ton décalé propre à Joystick sonne à nouveau plus juste alors qu’il ne me faisait plus rire depuis bien longtemps. Les critiques vont à l’essentiel et ça n’est pas plus mal.

La création d’une véritable rubrique « Jeux indé » est une bonne nouvelle. C’est justement sur ce genre de contenu que le magazine peut réellement se démarquer. Parce qu’à l’inverse des plus gros titres, il est plus difficile de s’y retrouver dans la jungle des jeux indépendants, qui disposent d’une couverture médiatique bien plus faible. Et même sur Internet il n’est pas évident de trouver des informations ou des critiques.

Je trouve aussi pertinent d’avoir ajouté la rubrique « S.A.V. ». Elle regroupe les nouvelles et les avis sur les patchs, mods, DLC et autres extensions. Judicieux pour les jeux PC qui sont parfois finis à la truelle, mais très bien suivis par leurs géniteurs ensuite. Ou par exemple pour des titres comme GTA IV très mal optimisés et pour lesquels cette rubrique permettra de faire un guide.

J’aime aussi les pages « Jeux rétro » qui revisite le passé pour nous rappeler que le jeu vidéo a désormais une véritable histoire. Ce numéro d’été présente par exemple les origines de Max Payne et de ses développeurs, le studio Remedy.

Et pour finir les dossiers, pour le coup, sont plutôt pas mal fichus. Celui sur les Free 2 Play ne balaie évidemment pas tous ceux qui existent, mais en présente une sélection assez pertinente. Pour moi c’est du contenu qui ne sera pas juste similaire à ce qu’on trouve sur internet, comme c’est le cas pour les tests qui s’adaptent particulièrement bien au support web dans lequel les rédacteurs peuvent se faire plaisir sans limite de texte. Sur papier, chaque page coûte cher…

Hmm… non toujours pas:

La rubrique « Au jour le jour », qui conte les aventures des pigistes au fil de la création du magazine. Je la trouvais inutile avant et ça n’a pas changé. La tentative de faire participer le lecteur à la vie du magazine aurait eu un sens avant les années 2000 quand il était presque encore artisanal, quand ses rédacteurs étaient vraiment libres de faire tout et n’importe quoi comme des jeunes chiens fous et surtout que leur lectorat était majoritairement constitué d’adolescents rêvant de prendre leur place. Aujourd’hui, ça n’est plus le cas.

La rubrique matos doit elle encore subsister? Joystick a publié un hors-série spécialisé su le hardware il y a quelques temps, peut être que pour creuser ce domaine en profondeur, le magazine devrait amorcer le même virage que Canard PC qui publie des numéros moins souvent mais beaucoup plus complets et précis.

Le verdict:

Voilà un magazine qui a su évoluer dans le bon sens. L’augmentation du volume de papier s’est faite au profit d’un contenu intelligent, et pas simplement une redite de ce qu’on peut déjà trouver par ailleurs sur les plus gros sites de jeu vidéo français ou étrangers.

Ceux qui ont déjà tiré un trait sur la presse papier n’y reviendront peut être pas pour autant, mais de mon côté j’ai plutôt été convaincu par cette nouvelle formule qui n’a rien à voir avec le fiasco de 2010. Finalement, Joy ressuscite en se concentrant sur son cœur de métier, le contenu, et non pas sur des jeux gratuits ou une masse d’artifices 2.0.