12th Mar2012

Marseille-Kaboul

by Alphajet

Ce dont je suis sûr, c'est que c'était une arme cheatée dans les beta de CounterStrike!

Non, ça n’est pas la nouvelle ligne Ryanair depuis l’aéroport international de Marseille, mais le titre que m’a inspiré l’article paru sur Marianne 2 sur le milieu de la drogue marseillais il y a une semaine. C’est Cédric Matthews, premier secrétaire du MRC (Mouvement Républicain Citoyen) à Marseille qui fait ces déclarations plutôt fumeuses dont d’autres sites comme JVN ou Gameblog se sont déjà fait l’écho. En deux mots, le bonhomme prétend que les jeux vidéo de guerre créent une « génération spontanée » qui n’aurait plus suffisamment d’accroche au réel pour comprendre que faire joujou avec des Kalashnikov était dangereux.

Je pourrais une fois de plus tenter de démontrer que la violence se retrouve aujourd’hui un peu partout dans notre société et qu’il est toujours aussi stupide de faire des rapprochements faciles. Mais aujourd’hui j’ai plus envie de parler du contexte local de cette attaque en règle. Moi aussi j’habite Marseille, et je pense aussi avoir la légitimité d’en parler. Contrairement à ce que les journaux TV tentent de nous faire croire, la ville n’est pas une sorte de champs de batailles où des jeunes de 14 ans s’échangent des rafales de mitrailleuse de guerre d’un côté à l’autre de chaque rue. Non, je dois même dire que je ne me sens pas en danger en allant acheter mon pain, si, si je vous assure! Or, les médias en ce moment ont finalement tendance à stigmatiser des évènements assez localisés et pas si fréquents. Pourtant M. Matthews nous rappelle que « Marseille renoue avec une insécurité quotidienne », lui qui habite probablement les quartiers chic du sud ou encore les villages huppés des alentours…

Et finalement, c’est le discours politicien de base qui s’installe, avec « l’urgence d’ouvrir un débat public sur les jeux virtuels […] qui pourraient participer au développement de l’insécurité »…ou encore « un nouvel espace public où le bien commun doit être défini pour que la barbarie à visage humain en soit chassée ». En clair, le monsieur, dans tous ses amalgames, prétend que l’on doit éviter toute représentation humaine réaliste dans les jeux (quels types? Tous les jeux? Seulement les jeu de tir?). Je rappelle que les allemands – et d’autres pays – l’ont déjà fait dans certains jeux en remplaçant les soldats par des robots dans Command & Conquer par exemple ou en mettant des litres de sang vert dans des zombies. Pour autant, ce genre d’initiative n’exclut pas le risque de fusillades en milieu scolaire comme celle de Winnenden où le jeu vidéo fut évidemment mis en cause. Heureusement, M. Matthews a l’intelligence de rappeler que le problème est amplifié par l’aisance avec laquelle les jeunes peuvent se procurer des armes de guerre. Mais n’est ce pas justement cette évidente disponibilité d’arsenal militaire combinée à la violence intrinsèque du milieu de la drogue qui est avant tout à mettre en cause?

Triste constat, mais dans de nombreux pays africains, les adolescents n’attendent pas d’avoir joué des heures à Battlefield pour savoir comment tenir une Kalashnikov dans leurs mains…