20th Mar2011

La sociabilité du jeu vidéo en question : PC ou console?

by Alphajet

Si la question que je pose peut paraître un peu stupide au premier abord, c’est peut être qu’il faut d’abord bien la définir. Par social, j’entends la capacité d’un jeu à être partagé avec d’autres personnes, a priori des joueurs. On entend souvent à la télévision, dans nos si savants journaux TV que le jeu vidéo isole les gens et les coupe de la vie réelle. Qui d’entre nous n’a jamais entendu ce discours ?? Mais si, vous le connaissez bien ce stéréotype du gros geek qui passe son temps seul, son clavier ou son pad dans les mains, devant une pizza et une bouteille de Coca d’1,5l.

D’autre part, pour pousser la réflexion un peu plus loin, je me suis demandé par quels moyens consoles ou PC proposaient depuis leurs débuts de partager les jeux vidéos, et comment cela a évolué aujourd’hui.

La socialisation du jeu vidéo

Je crois que l’idée que le jeu vidéo isole ou au contraire rapproche les gens est plutôt un faux débat. En réalité, je suis convaincu qu’à l’image de nombreux autres loisirs, il ne tient qu’au gamer de s’imposer à lui-même de partager son passe-temps ! Qu’est ce qui différencie le jeu vidéo du jeu de plateau, du jeu de société, d’aller voir un film au cinéma ou de faire du sport ? Au final, pas grand chose du point de vue partage. Toutes ces activités peuvent être pratiquées en solo, ou bien à plusieurs.

Qu’est ce qui est le mieux : aller se voir un film au ciné seul et passer ensuite quelques bonnes tranches de rigolade sur TF2 entre amis, ou bien partager une soirée ciné entre potes et terminer sa nuit en solo sur Heroes of Might & Magic ?? Je répondrais « who cares ?! » du moment que chacune des activités vous convient. Bien sûr, il me semble évident qu’il faut un minimum de socialisation dans sa vie de tous les jours pour en profiter, mais je ne vois pas pourquoi on opposerait le jeu vidéo à d’autres activités qui peuvent également se pratiquer tout seul.

Mais dans l’absolu, je considère que le jeu vidéo n’isole pas plus que ce qu’il fédère, tout dépend de l’effort qu’on y met pour le partager. Je suis tout à fait capable de citer des moments mémorables que j’ai partagés dans un jeu vidéo avec Torment ou d’autres potes. Par exemple, j’ai joué la campagne de Duke Nukem 3D avec lui en co-op avec un modem 56k, et j’en garde quelques souvenirs impérissables ! Tout comme je garderai en mémoires d’autres activités partagées avec d’autres amis. En bref, le jeu, dans son essence, a pour but de divertir, et il est tout à fait possible de le faire à plusieurs lorsqu’on en a envie.

Si l’on veut comparer, on pourrait très bien prendre l’exemple des bars des années 80 où l’on pouvait choisir soit le flipper, soit le babyfoot ! Les JT se sont ils pour autant enflammés en déclarant que le flipper était une activité qui isolait les gens ? Je ne crois pas. Et c’est d’autant plus faux que le jeu vidéo n’a jamais été autant social qu’aujourd’hui. Je peux vous assurer que jouer à Diablo en 97 avec un modem RTC avait tout d’une expérience épique, autant par la qualité du jeu à partager que par le miracle qui consistait à garder une partie fonctionnelle plus d’une heure ! Je me remémore parfaitement cette partie ou nos deux personnages se sont retrouvés à poil après s’être fait ratatiner par des Blood Knights et avoir laissé mon PC allumé toute la nuit en espérant trouver un moyen de récupérer nos belles armures (pour ceux que ça intéresse, on a échoué). Aujourd’hui, n’importe quel clampin qui a une console ou un PC et une connexion Internet saura jouer en ligne. Le jeu vidéo a tout simplement été le loisir d’une nouvelle époque, participant à l’essor de la technologie domestique et qui a pris la suite du jeu de société traditionnel dans les foyers.

Mais maintenant que j’ai planté le décor, revenons quelques instants sur ces fameuses années 80 qui ont vu naître les premières consoles de jeu.

La console, l’amie du salon

Je crois qu’au premier abord, la plupart des gens répondraient à ma question initiale (« le jeu social, console ou PC pour ceux qui n’auraient pas suivi) la console. Pourquoi ? Parce que cette époque a permis au salon, ancien territoire incontesté de la télévision, de découvrir cette nouvelle machine. Non pas pour supplanter la TV, non, pour la compléter comme accessoire de loisirs. Et à ma connaissance, depuis leurs débuts elles ont toutes comporté au moins 2 ports manette pour permettre au petit frère, au papa ou au cousin de partager l’expérience. En arrivant aux USA et en Europe, la Famicom a pris un petit nom, la NES : Nintendo Entertainment System. En gros une plateforme de loisirs au cœur du salon. Mais plus directement, son nom d’origine FamiCom signifiait Family Computer!

Pour moi, c’est clairement que l’idée de départ était de mettre la console au centre de la famille, de concentrer plutôt que diviser. D’abord parce que c’était un objet inédit, et qui attirait donc les foyers qui découvraient une nouvelle façon de s’amuser. Mais aussi parce que les premiers jeux vidéo incitaient beaucoup les joueurs à se passer la manette : « ahh je viens de perdre une vie à Super Mario, à ton tour d’essayer ! ».

Pendant ce temps là, le PC était rare dans les foyers et souvent cantonné au bureau, la pièce un peu austère avec des bouquins sur des bibliothèques. Et donc ce magnifique boitier beige clair et son clavier à grosses touches qui trônait l’air de dire « aha, voyez tout ce que je peux vous proposer ! Des jeux, du travail, de la programmation, je sais tout faire ! ». Oui, sauf que ce côté versatile a par conséquent plus rapidement isolé le joueur PC dans une pièce séparée. Il a préféré proposer des jeux plus profonds et plus longs, comme les jeux d’aventure (King’s Quest, les Point’n Click Lucasarts…), les jeux de rôle (The Bard’s Tale, Ultima…). Ce type de jeu reste encore aujourd’hui plutôt approprié au PC avec son clavier et sa souris.

 

De ce point de vue là, je dirais que oui, la console représentait le summum du jeu à partager… pour un certain temps.

La démocratisation du PC

Dans les années 90, le PC s’impose dans un nombre croissants de foyers, et la disparation progressive des autres ordinateurs (Amiga, Atari, et autres Amstrad) lui permet donc devenir une réelle plateforme viable pour les jeux vidéo. De plus, sa puissance brute et évolutive lui permet d’être le plus souvent à la pointe de la technologie, et de disposer de jeux toujours plus impressionnants. Le PC passe alors du bureau poussiéreux à la chambre d’ado ou parfois même au salon et la vraie ère de l’informatique personnelle est alors arrivée.

D’un autre côté, la télévision s’est multipliée comme des petits pains, et on la retrouve dans la cuisine et peu à peu dans les chambres. La console ne vient alors plus encombrer la grosse TV cathodique de papa, et vient atterrir dans la chambre des enfants. La Playstation viendra achever ce phénomène en devenant l’objet de toutes les convoitises pour beaucoup de jeunes joueurs mais aussi des plus vieux.

C’est donc au milieu des années 90 que s’amorce l’inversion des rôles. L’arrivée progressive d’Internet transforme le PC en plateforme connectée et communicante, et les éditeurs ne manquent pas d’exploiter ce nouveau filon qui s’offre à eux. C’est à cette époque que les premiers MMO apparaissent (Ultima Online, Meridian 59) et permettent à des centaines, des milliers de rôlistes de retrouver un peu l’ambiance des soirées jeu de rôle papier, mais puissance dix. Discussion instantanée, échange d’objets, création de guildes, le tout dans un univers entièrement créé pour eux. Un régal pur et simple qui a captivé de nombreux joueurs pendant des années !

Parallèlement, la Playstation, console purement déconnectée, a amorcé l’ère des jeux AAA et le vœu d’une technologie inédite sur console. En clair, un énorme catalogue de jeu comprenant des titres mythiques comme la série Final Fantasy, Metal Gear Solid, Gran Turismo, Tomb Raider et autres franchises mythiques. Mais ces titres s’appréciaient le plus souvent seul au lieu de faire ses devoirs de maths, dans sa chambre. L’expérience, aussi riche fut-elle, se partageait moins souvent, et les jeux « familiaux » ont en quelque sorte disparu.

On peut dire que le PC a alors pris sa revanche pendant plusieurs années, et permis à de nombreux gamers d’enfin profiter de leurs jeux en multijoueur. Les premières LAN parties s’organisent les week end entre potes autour d’Age of Empires, Need for Speed 3 ou Quake 2 par exemple. Peu à peu, les cybercafés poussent comme des champignons et rassemblent des fans de Starcraft et de l’incontournable Counterstrike. Même si le jeu PC rassemble alors des personnes autour de leur passion, contrairement aux premières consoles qui rassemblaient plutôt le cercle familial, c’est une forme de lien social tout autant valable et durable que celui que peut apporter un club de sport ou d’échecs ! C’est l’avènement de l’aspect communautaire du jeu PC, avec les clans, le modding, qui perdure encore aujourd’hui.

1 partout, la balle au centre !

L’avènement des consoles Next-Gen

Aujourd’hui, la situation est néanmoins plus équilibrée dans la mesure où depuis la sortie des mal nommées consoles « Next Gen », elles disposent toutes d’un mode online correct. Je considère en effet que c’était loin d’être le cas jusqu’à la sortie de la Xbox 360, PS3 et Wii. En effet, la Gamecube, la Dreamcast et la PS2 proposaient déjà un modem ou un port Ethernet. Malheureusement, non seulement les débits étaient alors souvent trop faibles, mais les jeux multijoueurs eux mêmes étaient rares et souvent mal optimisés.

A quoi bon une expérience online si elle s’avère catastrophique? C’est donc à partir du moment où les connexions haut débit se sont démocratisées que les fabricants de consoles et les développeurs de jeux ont vraiment mis en place des aspects multijoueur. Le joueur console a dès lors disposé de moyens évidents pour se connecter à Internet via sa console et jouer aussi bien avec de véritables amis qu’avec des connaissances uniquement virtuelles. La console s’est même essayé au MMORPG avec Final Fantasy XI, avec plus ou moins de succès.

Les consoles Next-Gen ont également fait un retour vers le salon grâce à leur fonctions multimédia : lecteur Blu-Ray ou HD-DVD (paix à son âme), diffusion de MP3 ou de photos, stockage de films plus ou moins piratés… Sony et Microsoft en tête avaient décidé de faire un retour fracassant devant votre canapé et ils ont réussi. A côté des grosses franchises solo, GTA, God of War etc, on a maintenant des jeux qui intègrent tout naturellement le multijoueur. Quoi de plus simple que lancer une partie de Street Fighter IV et se trouver un adversaire plus ou moins à sa taille? Il ne faut que quelques minutes pour le faire à partir du moment où on n’est pas trop décérébré pour arriver à connecter le Wi-Fi ou un câble Ethernet à sa console.

Et pendant ce temps là, que fait Nintendo? Le mode online de la Wii n’est pas un succès phénoménal. D’abord à mon goût parce qu’au contraire de Sony et Microsoft qui ont mis d’emblée leurs consoles au sein d’un réseau, respectivement Playstation Network et XBox Live, le vieux géant japonais a laissé chaque développeur gérer son mode multijoueur. Pas de matchmaking unifié ou de profil (à part le Mii), et donc hormis quelques bonnes exceptions, la Wii reste plutôt une console de famille. Et oui, car la grande idée de Big N a été le retour au jeu familial, et on en revient aux années 80, CQFD! La Wii s’est vendue comme des petits pains grâce à son nouveau système de contrôle (Wiimote + Nunchuk), mais surtout parce que sa ludothèque est majoritairement composée de jeux à partager entre amis ou en famille à l’apéro ou après un bon repas! Si vous regardez bien les pubs Wii, 80% de l’image est consacrée à montrer les joueurs, plutôt que le jeu en lui même. Le jeu se vit d’abord parce qu’il est partagé, et moins parce qu’il est beau ou prenant.

Alors c’est sûr, ça n’est pas avec Metroid qu’on le fera, mais les Lapins Crétins, Mario Party, Just Dance ou même Mario Kart sont clairement funs seulement quand on y joue à plusieurs.

Video Game killed the Trivial Pursuit

Pour finir, je reviendrai à mon thème initial : le jeu vidéo n’a jamais été aussi social qu’aujourd’hui, et il ne tient qu’aux joueurs de partager leurs expériences. Lorsque j’achète un jeu sur Steam, dans 75% des cas c’est dans l’idée d’y jouer avec mes potes grâce au mode co-op ou en versus, et bien souvent ça me donne l’occasion de garder le contact avec ceux que je ne vois pas souvent. Si le mode co-op est clairement revenu à la mode ces dernières années c’est car la technologie est enfin mature pour proposer une expérience multijoueur presque sans difficulté (même Torment arrive à brancher sa PS3 au net!!).

Vous invitez des amis à manger un soir? Allez, avouez que quand vous étiez petits, c’était plutôt les jeux de cartes ou les jeux de société type Trivial Pursuit, non? Ca se fait toujours, oui, mais c’est quand même bien marrant de passer pour des couillons devant la télé en train de se faire une compet’ de Lapins Crétins. Après, on se fait une bonne bouffe et on n’a pas pour autant l’impression d’être passés pour des gros geeks, non, c’est juste devenu normal. Il était temps!